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Billet de blog Entretien avec David Grimal [Billet de blog] 

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Entretien avec David Grimal

Mi-janvier, nous avons rencontré David Grimal afin d’en savoir plus sur la formation classique Les Dissonances, partenaire de la Caisse d’Epargne. Voici ce qu’il nous a confié !

Entretien avec David Grimal

David Grimal crée les Dissonances en 2003, projet qui jouit aujourd’hui d’une visibilité internationale, après avoir fait ses armes en tant que violoniste soliste et joué sur les plus belles scènes du monde entier.

Les débuts

Un parcours atypique qui démarre en Egypte, là où David grandit, à l’instar de Claude François. La comparaison est d’autant plus incongrue que son professeur de violon, à l’époque, n’était autre que l’ancien professeur de guitare de l’interprète d’Alexandrie Alexandra, pour l’anecdote : « […] Il s’appelait Caruso, il avait quatre-vingts ans, il était sourd comme un pot ; mais c’était la seule personne qui savait lire les notes au Caire, à cette époque-là. »

Revenu en France, David Grimal entre au conservatoire de Paris après avoir suivi assidûment des cours de piano et de violon, étudie à l’étranger auprès de grands maîtres, et a la chance de tenir entre ses mains un Stradivarius, qu’on lui prête alors qu’il n’a encore qu’une vingtaine d’années : débute alors une belle carrière auréolée de succès depuis lors.

Lors d’un « périple » d’une dizaine de jours à traverser le désert en Libye, David Grimal réalise pourtant qu’il lui manque quelque chose, des quelqu’un. Animé par « le désir de créer quelque chose de différent », il monte les Dissonances avec un noyau d’amis proches, « collectif de musiciens qui n’est pas vraiment un orchestre, de façon à retrouver le plaisir de faire de la musique avec les autres, sans autre contrainte que l’envie de le faire. »

Les Dissonances est un ensemble « de luxe », dans la mesure où les musiciens qui jouent au sein de la formation gagnent leur vie par ailleurs, sans perdre de vue cette volonté de faire évoluer les formations classiques traditionnelles, dans l’idée métaphorique d’une « société idéale qui ne serait pas vraiment praticable, mais qui a au moins le mérite d’exister. »

« Bouger complètement les lignes », la volonté des Dissonances

Ce qui différencie Les Dissonances d’une formation classique standard, avec un chef d’orchestre ? L’absence du chef d’orchestre, justement : « Il n’y a personne avec une baguette devant nous pour nous dire ce qu’il faut faire et pour nous indiquer la marche à suivre. La principale différence, elle est là : les musiciens s’écoutent les uns les autres, dans un rapport de collaboration. Ils sont beaucoup plus responsabilisés par rapport à ce qu’ils font, et sont donc beaucoup plus excités de le faire. »

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De plus, leur fonctionnement collégial permet à tout un chacun d’intervenir dans le processus de création. Quant au recrutement, la cooptation fait foi : « Les gens qui ont du talent amènent des gens qui ont du talent, les gens sympathiques amènent des gens sympathiques… »

Dans cette organisation, le public des Dissonances n’est pas en reste : plus jeune, attiré par l’énergie du groupe, une énergie différente, grâce à une musique qui « circule de manière toute autre », créant une expérience de concert innovante, aspect perceptible de toute part, pour le musicien comme pour le spectateur.

Aux Dissonances, contrairement à des formations classiques standard, on cherche d’abord le plaisir et l’exigence : les priorités sont ailleurs. « L’œuvre devient l’émanation non pas d’un seul, le chef d’orchestre, mais de tous les musiciens, c’est une proposition. Vous savez, on vit dans une société qui n’arrête pas de dire qu’elle doit évoluer et qui a du mal à bouger les lignes. […] C’est comme si on avait une entreprise avec un management horizontal : chacun porte l’entreprise et chacun sent que sans son intervention, l’entreprise ne pourrait pas fonctionner. »

« Chaque concert est une expérience forte »

Lorsqu’on demande à David Grimal ses meilleurs souvenirs en concert, il pense d’emblée à ses dernières représentations, comme celle donnée en trio avec le violoncelliste Xavier Phillips et le pianiste Emmanuel Strosser, ou encore un concert donné seul, dernièrement, dans une sublime église baroque à Caen. Mais son favori ? « C’est le prochain, en fait. Chaque fois, vous vivez quelque chose d’extraordinaire, et puis le prochain arrive, et tout ce que vous avez vécu avant n’existe plus. »

Le violoniste retient, en outre, deux concerts qui l’ont particulièrement marqué : le premier à Budapest, il y a près de 15 ans. « J’ai senti un public qui connaissait tellement la musique que j’étais en train de jouer… qu’ils m’ont fait mieux jouer : c’était tout à fait extraordinaire. » Le second, avec l’Orchestre National de Russie, devant un parterre de 1600 personnes dans le conservatoire Tchaïkovski de Moscou : « J’avais un peu peur, parce que les plus grands violonistes avaient joué là… J’entre dans la salle qui était pleine à craquer – on voyait très bien qu’il n’y avait pas un seul siège de vide – et là, j’ai senti une espèce d’adrénaline, de bonheur total avec les gens. »

Avec du recul, l’âge, l’expérience y sont aussi pour beaucoup : « Plus on avance dans la vie, plus on est ouvert, moins on a peur ; on crée le lien tout de suite avec les gens et la glace se brise plus facilement. »

L’éducation du public, entre chefs d’œuvre du répertoire et perles contemporaines méconnues

La richesse du projet tient en ce que David Grimal reste à l’écoute des désirs de chacun des musiciens qui jouent au sein des Dissonances, susceptibles de lui souffler « des idées qu’il n’aurait pas ». Evidemment, il lui faut également composer en fonction des demandes des salles et des programmateurs avec qui les Dissonances travaillent, et ne pas omettre la réalité du public en face duquel l’ensemble se produira : « On ne peut pas proposer [au public] des programmes dans lesquels il n’y a pas quelque chose qui va lui donner envie de venir. […] Je prends toujours appui sur un chef d’œuvre du répertoire pour présenter des chefs d’œuvres méconnus. »

Le violoniste nous cite ainsi la Symphonie inachevée de Schubert jouée en miroir avec une pièce de musique contemporaine de 40 mn par Gérard Grisey, Vortex Temporum. « Je ne formate rien en fonction de l’éventuel désir que pourrait avoir le public. […] Je suis plus pour la pédagogie que pour le marketing, en réalité. La qualité, c’est la meilleure ambassade. »

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David Grimal apprécie particulièrement l’appellation « musique savante » pour aborder la musique classique en général : « La richesse d’un musicien, c’est d’être capable de voyager à travers toutes les époques. […] On a tendance à dire que la musique classique est un truc de vieux, que c’est chiant, on imagine un compositeur avec une perruque… Alors qu’en réalité, la musique savante, c’est un truc de dingue ! Lorsqu’on écoute de la musique du XIVème siècle et de la musique d’aujourd’hui, on s’aperçoit que c’est d’une richesse hallucinante ! C’est plus rock que n’importe quoi, ça va beaucoup plus loin. »

Impossible, là encore, de demander au violoniste de nous citer une ou plusieurs de ses œuvres favorites : pièces du répertoire ou compositions contemporaines qui font crisser des dents les musiciens qui rechignent d’abord à apprendre des partitions aussi compliquées, pour finalement appréhender le défi avec panache et s’amuser, toujours ? « On n’est pas obligés d’être d’accord avec tout ce qu’on joue. Ce qui est important, c’est de le faire vivre au maximum, de manière à ce que ce soit une expérience positive pour tout le monde. »

L’Autre Saison, alter ego des Dissonances

Esprit Musique et la Caisse d’Epargne accompagnent l’ensemble sur une tournée hexagonale permettant aux Dissonances de jouer devant de nouveaux publics, entre autres. Mais depuis dix ans, par l’intermédiaire de Thomas Levet de la Caisse d’Epargne Ile de France, a été initiée L’Autre Saison, saison musicale à destination des sans-abris organisée au cœur de l’Eglise Saint-Leu, à Paris, à travers l’association Les Margéniaux, créée par David Grimal.

Les Margéniaux accompagnent et financent des projets d’urgence ou de moyen terme proposés par les acteurs sociaux. Chaque année, une équipe de personnes en réinsertion rejoint l’organisation de cette saison culturelle, qui existe maintenant depuis deux ans. Opéra, danse, jazz, théâtre, ciné-concert, musique de chambre, programmes croisés : l’Autre Saison est une saison de spectacle vivant au cœur de Paris pour et avec les sans-abris.

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Que souhaiter de plus aux Dissonances pour cette nouvelle année 2014 ? « Que de l’énergie positive, je ne marche qu’à ça. » Le message est passé, David Grimal !

Propos recueillis par Claudia et Steffi, pour la rédaction d’Esprit Musique.

***

Pour assister aux prochaines représentations des Dissonances, avec David Grimal :

-        Jeudi 13 février 2014 au Havre – Le Volcan

-        Mercredi 19 février 2014 à Dijon – Opéra de Dijon

-        Vendredi 21 février 2014 à Toulon – Théâtre Liberté

-        Jeudi 27 février 2014 à Quimper – Théâtre de Cornouaille

28/01/2014 2:30 pm
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