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Billet de blog Le rap français existe-t-il vraiment ? [Billet de blog] 

Last modified: 29/03/2013 10:00 am, Steffi Njoh Monny (Node ID: 137201, Object ID: 137291)

French (France) 

Le rap français existe-t-il vraiment ?

Le jeudi 14 mars dernier, l'équipe Esprit Musique a assisté dans l'établissement prestigieux de la Gaïté Lyrique à un débat passionnant autour de cette question légitime.

Le rap français existe-t-il vraiment ?

© Patrick Hoesly

Jeudi 14 mars, nous nous sommes rendus à la Gaîté Lyrique pour assister à un passionnant débat sur le rap français. Organisé par Audimat, la revue des Siestes Electroniques, le débat a vu Etienne Menu (rédacteur en chef de la revue Audimat), Julien Morel (rédacteur en chef du magazine VICE France) et Thibault de Longeville (producteur, réalisateur de clips et ancien DA* du label HOSTILE) échanger sur le rap français, ses origines, ses contradictions, et pourquoi il semble avoir tant de mal à se faire une place dans la culture musicale française.

Pour Thibault de Longeville, il était important de noter que l’éclosion des talents du rap français a eu lieu dans les années 94-95…  dix ans après son arrivée en France ! Si de nouvelles formations ont réussi à sortir du lot, c’est essentiellement parce que durant les années 80, les premiers performers du rap français (qui adaptaient des titres de rap US en langue française) ont réalisé un travail initial de conquête du public et des médias généralistes. 

La « génération  dorée » du rap français

Pour Etienne Menu, la deuxième génération de rappeurs (1994-1995) bénéficiait d’un potentiel commercial plus bas que celui de leurs prédécesseurs. Un point sur lequel Thibault de Longeville ne s’accorde pas, déclarant que « le potentiel commercial de la 2nde génération a été plus fort que celui de la 1ère génération, mais il a été totalement sous-exploité ». L’exemple qu’il prendra pour illustrer ce propos est celui du premier disque de NTM, qui a atteint les 100 000 ventes après 18 mois d’exploitation. Thibault de Longeville insistera sur le fait que le cycle d’exploitation des premiers disques fondateurs de l’économie du rap FR (Mc Solaar, IAM, NTM) était particulier : pour atteindre les 200 000 ventes de disques, il fallait compter 2 ans, pour atteindre les 300 000 ventes, 3 ans etc... Parallèlement à cette dynamique, les albums de groupes comme Arsenik, 113 ou la Fonky Family n’ont mis que quelques mois à arriver à des chiffres similaires. Cette « génération dorée » du rap français (Arsenik, Sniper, la Fonky Family…) est donc, pour Thibault de Longeville, la seule qui ait connu un succès aussi vif. « lls n’ont pas connu la galère de l’underground, les petits concerts en MJC(…) et se sont retrouvés avec de la rotation radio, et une notoriété que les groupes de la première génération ont mis parfois dix ans à atteindre ».

Le consensus et la volonté de plaire, ou le début de la chute du rap

Dès les années 90, les groupes de rap ont souhaité plaire au grand public. Le problème : la plupart d’entre eux ne voyaient la possibilité de gagner de la notoriété que par un seul spectre : la radio Skyrock - et son directeur des programmes, Laurent Bouneau. Une erreur pour Thibault de Longeville, car « les disques de rap français n’ont pas besoin d’être formatés pour connaître le succès. Malheureusement, c’est une pensée partagée par beaucoup : le public, les médias mais aussi les programmateurs de radio… ». Le contre-exemple parfait restant les premiers albums de Booba, Lunatik ou Oxmo Puccino, qui ont ont été des succès alors même qu’ils étaient produits en indépendant, et sans fioritures marketing. A cette époque, certains groupes ont même été plus futés que les maisons de disques, en éditant des « enhanced CDs » (ou « CD améliorés ») intégrant des bonus comme des clips et des contenus inédits, avant que cela ne devienne une mode…

La disparition du rap positif

A ce moment du débat, Julien Morel repense avec nostalgie à « une époque oubliée du rap français, celle du rap positif ». Évoquant des groupes tels qu’Alliance Ethnik, Ménélik, Réciprok, et ces formations sympathiques « qui utilisaient la lettre K pour son côté urbain, rappelant le graff’ », le rédacteur en chef de VICE France avoue regretter quelque peu cette époque, où le rap, détaché d’une certaine conscience politique, était un rap festif, avec « une énergie juvénile », défendue par des artistes qui « rappent pour rapper » - en opposition à des groupes comme NTM, IAM ou ASSASSIN, qui semblaient plus se livrer à « un exercice de rédaction » à destination des médias généralistes… « Quelqu’un comme MC Solaar est celui qui est allé le + loin dans le consensus, pour satisfaire les médias généralistes », dira alors Thibault de Longeville pour appuyer le propos.

Le rap, les clivages culturels et sociaux

Car la dimension sociale, culturelle de la musique rap est elle aussi en jeu dans cette problématique. Le rap, associé quasi-systématiquement « à une révolte » menée par « des individus qui seraient dangereux », n’est pas aidé par la manière dont il est représenté globalement. « Pour beaucoup, le rap c’est le mauvais goût », dira alors Julien Morel. Un constat étrange, surtout à l’heure d’Internet et du web 2.0, où les barrières entre les styles musicaux sont de plus en plus fines. Pour Etienne Menu, « il y a une confusion saine des genres musicaux » mais toujours cette impression « que toute une génération est passée à côté du rap français ». Un constat navrant, surtout si l’on considère que dans les années 90, en parallèle d’une scène rap ultra prolifique, a grandi une scène électro (la French Touch) bénéficiant encore aujourd’hui d’un rayonnement médiatique incroyable.

La solution : une nouvelle vague de créativité ?

Pour Thibault de Longeville, il est incroyable qu’il y ait eu aussi peu d’idées nouvelles ou de groupes de rap originaux en France. « Le gros drame du rap français, c’est son peu de diversité ». Le rap serait donc un genre qui aurait besoin d’un nouveau souffle, contrairement aux USA où il y a eu un nombre incroyable de propositions. « Il y a eu des flopées de mauvais groupes, et finalement très peu de groupes capables de renouveler le genre » : pour un groupe de rap développant « une dimension narrative et un storytelling », combien de formations ridicules ? Le rap serait donc son pire ennemi ?

*DA = Directeur Artistique

29/03/2013 10:00 am
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Steffi Njoh Monny 29/03/2013 10:00 am
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