Tous les bons plans musique près de chez vous
Siska

Au carrefour d'univers multiples et d'influences qui vont du hip-hop à la folk en passant par la (nu)soul, Siska nous frappe surtout par cette voix singulière, fragile et forte, intime et tapageuse, celle d'une femme accomplie, à la fois hors du monde et dans son époque.
C'est à travers le titre “unconditional rebel” et son clip spectaculaire en slow motion (qui lui vaudra pas moins de 3M de vues) qu'elle se révèle en solo fin 2015; un aperçu qui nous mettait en appétit pour cet album qui tient toutes ses promesses : « A Woman's Tale ».

Car c'est bien l'histoire d'une femme qui nous est contée ici. Plus connue sous le nom de Sista K, son alias au sein du groupe Watcha Clan, c'est avec le fameux gang world beat marseillais qu'elle écume les scènes et festivals du monde entier depuis les années 2000, imposant sa voix et son charisme de New York à Berlin en passant par Oran, Budapest et Tokyo. Charismatique, elle y occupe la scène avec une énergie phénoménale qui ne laisse personne indifférent, s'investissant physiquement et spirituellement dans chaque concert.

2012, changement de vie, Siska descend du tour-bus et pose ses valises à la maison, ou plutôt au cabanon. Un heureux évènement la tient éloignée des tournées mais sa guitare et sa voix ne sauraient la quitter. Alors qu'elle pourrait jouir d'un repos bien mérité, elle décide non seulement de mettre à profit cette pause forcée pour écrire, mais aussi de prendre tout le monde à contrepied avec un changement de cap plutôt culotté, abandonnant sa zone de confort pour une prise de risque assumée.
C'est donc ici, avec les calanques pour horizon qu'elle va accoucher de chansons intimes, apaisées et néanmoins concernées, sur l'amour, toujours, la maternité, bien sûr, mais aussi son rapport à un monde qu'elle souhaiterait meilleur pour cet enfant qui va naître.

On pourrait, si on ne craignait pas les poncifs, parler d'album de la maturité, mais la fraîcheur qui s'en dégage nous l'interdit. Si le groove est souvent doux, ces folk songs 3.0 font se côtoyer arrangements de cordes classiques et nappes électroniques éthérées, lesquelles ne sont pas sans évoquer la scène future beat californienne et un certain cloud rap, heureux trait d'union entre un projet résolument actuel et de subtiles réminiscences de l'âge d'or du trip hop et de la nu soul, les figures tutélaires Beth Gibbons et Erikah Badu planant évidemment ici et là.

De hip hop, il en est question avec des featurings rares et bien sentis venus d'outre Atlantique : la prêtresse du cool flow Akua Naru, tout en retenue mais poing en l'air sur l'engagé et néanmoins tubesque « Rising », le phénomène venu de L.A Charles X dont le flow sharp et langoureux arrive à point nommé pour un « Silver & Gold » à la saveur toute futuriste et californienne, ou encore Raashan Ahmad, MC de la Bay Area bien connu des aficionados du son west coast, sur « Dangerous », love song implacable qui nous emmène quelque part entre Bristol et Los Angeles (la Californie toujours, et on ne peut s'empêcher de rêver les plages du Prado en Venice Beach : même soleil, même attitude, même vibe laid back ...).
A la réalisation du projet, Suprem Clem, complice de toujours au sein du Clan, vient enfin habiller avec élégance et efficacité les compositions de Siska, les parant d'arrangements classieux et imparables, avec juste ce qu'il faut d'électronique.

C'est donc un album riche et complet que nous livre Siska, à la fois intemporel et au goût du jour, apaisé et fiévreux, un écrin tout en force et en finesse pour la voix et les textes d'une femme qui ne fait que commencer sa mue. Le tour est finement joué et on assiste à l'éclosion d'une chanteuse accomplie et passionnante. Sur scène c'est en trio voix-guitare, machines-clavier et batterie que se révèle ce « conte d'une femme », une formation serrée mais aux ressources puissantes pour conjuguer en live des chansons intimistes qui en ont sous le capot.

Sélectionné par :

Cabaret Aléatoire Marseille voir la salle Cabaret Aléatoire de Marseille
Logo Twitter