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UN MONDE DE POESIE ET DE PROFONDEUR A NANCY

UN MONDE DE POESIE ET DE PROFONDEUR A NANCY

Adam Laloum, Raphaël Sévère et Victor Julien Laferrière ont excellé ce mardi 19 avril au musée des Beaux-Arts de Nancy, ils ont brillé dans Brahms, Schumann, Franck et Debussy. Ces trois jeunes artistes incroyables ont fait vibrer le public et les auditeurs de Radio Classique au rythme de leur programme alliant technique et poésie.

 

La première Rhapsodie de Debussy pour clarinette et piano fut une recherche de sonorités opalines, de silences précieux auxquels le public restait suspendu. Le timbre de la clarinette de Raphaël Sévère est rond, enveloppé, enveloppant et lumineux dans les aigus. Claude Debussy disait de cette Rhapsodie pour Clarinette : « Ce morceau est certainement un des plus aimables que j’aie jamais écrits. », c’est un discours à l’allure changeante. Elle oscille inlassablement: tantôt s’attarde, tantôt s’emballe frénétiquement,  jusqu’à l’exaltation. Cette pièce, interprétée à merveille par Raphaël Sévère et Adam Laloum est séduisante, capricieuse et poétique. Le clarinettiste brille dans tous les registres de son instrument, exploitant toutes ses ressources sonores et expressives. C’est une alternance inépuisable de rêverie et d’enjouement avec une liberté et une poésie enchanteresse. Un véritable moment de grâce offert tant par le clarinettiste que par le pianiste, Adam Laloum, dont le jeu était d’une extrême sensibilité et incroyablement inspiré. Cette œuvre d’une grande complexité technique fut donc un grand moment, profond et émouvant.

 

Puis les deux musiciens interprètent la Fantasiestücke op.73 pour clarinette et piano de Robert Schumann. Les trois pièces de l’œuvre s’enchainent avec brio. La première pièce, Zart und mit Ausdruck en La mineur, onirique et mélancolique est réalisée avec tendresse et simplicité par Adam Laloum et Raphaël Sévère. La fin de cette première pièce est une lueur d’espoir qui nous mène à Lebhaft, leicht, la seconde pièce en La majeur. Le dialogue entre clarinette et piano s’installe parfaitement, démontrant une grande complicité entre les deux musiciens qui nous montrent cette fois leur visage musical positif et optimiste pour l’interprétation de cette pièce qui, comme son nom l’indique, doit être réalisée « vivement, légèrement ». Enfin la dernière pièce Rasch und mit Feuer est réalisée avec passion, une véritable frénésie, les musiciens brillent, énergiques, ils transcendent la partition dans une véritable prouesse flamboyante. Adam Laloum et Raphaël Sévère achèvent cette œuvre dans un instant paroxystique, triomphant tant pour les musiciens que pour les auditeurs.

 

 

Victor Julien Laferrière rejoint ensuite Adam Laloum sur scène pour offrir au public un moment de mystère riche, subtil et tout en simplicité avec l’interprétation de la Sonate en La majeur pour violoncelle et piano de César Franck, originellement écrite pour violon et piano. Cette œuvre complexe fascine le public depuis sa création, elle est l’une des plus jouées et des plus enregistrées du répertoire chambriste. Les musiciens enthousiasment avec brio le public, animés d’une intarissable énergie passionnée et d’une grande cohésion. Leur interprétation brille par sa finesse, son intelligence, sa diversité, sa complexité sous une apparente simplicité. Une proposition musicale éclatante mais pleine d’humilité face à cette partition grandiose qui a été accueillie par une grande salve d’applaudissements du public.

 

Enfin pour achever cette belle soirée (que l’on aurait aimé voir continuer bien au-delà de ce programme) les trois musiciens se retrouvent autour du Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur opus 114 de Johannes Brahms dont l’enregistrement paru en 2014 (Mirare) avait été acclamé par la critique et le public. Et ce moment est à la hauteur de toutes nos espérances, Raphaël Sévère dont le son clair et précis ne faillit pas un seul instant, montre une grande intelligence du texte tout en naturel tout comme Adam Laloum et Victor Julien Laferrière. Ce qui nous frappe le plus est l’unité du trio qui touche à la perfection. Une harmonie parfaite lie les musiciens, partageant avec le public leur plaisir de jouer ensemble. Au delà des trois musiciens, nous découvrons trois poètes qui nous emmènent loin, dans un moment suspendu, découvrir la richesse de ce trio de Brahms.

 

Le concert se termine à regret, une ovation parfaitement justifiée pour les musiciens clôt ce beau moment, véritable parenthèse de poésie et de mystère. Ce mardi 19 avril à Nancy, ces trois musiciens se sont illustrés à nouveau comme les meilleurs instrumentistes de leur génération.

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