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Les Trois Baudets – Jaune, Lafayette : poésie française

Les Trois Baudets – Jaune, Lafayette : poésie française

La salle des Trois Baudets et sa programmation d’artistes français exigeante, curieuse et poétique, accueillait dans son théâtre intime deux jeunes chanteurs qui ravivent la flamme lyrique de la chanson française avec une ardeur musicale moderne et une puissance textuelle littéraire, toutes deux enchanteresses.

 

Au fond des fauteuils rouges confortables, on imprime les émotions comme au cinéma, les yeux émerveillés par la scène à proximité. L’ambiance douce et feutrée est alternée à l’étage par la contemplation du quartier de Pigalle, à travers les immenses baies vitrées du restaurant.

 

Quand Jaune monte sur scène, les deux jeunes hommes font vibrer le cocon de sons électroniques et de basses lourdes, par-dessus lesquels la voix fluette et quasi adolescente de Jean Thevenin vient bouleverser les Trois Baudets. Accompagné de l’artiste Bumby, à la batterie, le set se compose de rythmiques africaines, de nappes synthétiques et de sons électroniques directement à la console qui donnent un savoureux mélange, à la fois exotique et moderne.

 

 

Ce qui marque le projet de Jean Thevenin, batteur de François & The Atlas Mountain, c’est cette voix de porcelaine, qui chante des textes à la poésie narrative ou impressionniste. C’est le cas avec le titre Plancton, l’histoire d’une plage de l’Ile d’Oléron lors d’une nuit sans lune.

 

 

Défendant son nouvel album, Lafayette a la folle allure du gendre idéal : chemise et pantalon soignés, rasé de prêt et l’humour à fleur de peau. Il est accompagné de sa pianiste, Lucrèce, qu’il prend à témoin à chaque transition dans des traits d’humour réussis. Le public des Trois Baudets a le droit à un concert et un stand up dans le même temps.

 

 

Dans ces compositions regroupées sous le nom Les dessous féminins, Lafayette se fait témoin ironique et poétique de problèmes de société avec une distance dansante et drolatique. Il évoque avec finesse autant le burn out que la frustration amoureuse, la déprime post-rupture comme l’identité française réactionnaire, et chante la joie paritaire de porter de la lingerie fine comme la vanité des accidents mortels en décapotable. Le charme opère sur sa musique.

 

 

Fils caché de Daho ou Souchon, ce mélange de sensibilité et d’humour extravagant s’accompagne d’une musique pop résolument rétro, aux chansons calibrées pour la radio, entre Nostalgie, Rire et Chanson et Radio Néo.

 

Dans la salle des Trois Baudets, tout le monde est conquis par le jeu de hanche second degré de Lafayette et surtout les chansons faussement naïves, aux métaphores qui semblent faciles au premier abord mais qui révèlent une profondeur poétique et une sensibilité pudique.

 

Un spectacle atypique pour une salle qui a l’habitude d’accueillir la poésie de la nouvelle chanson française, dans un cadre incroyablement apaisant et confortable.

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