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LIVE REPORT : TY SEGALL AU KRAKATOA

LIVE REPORT : TY SEGALL AU KRAKATOA

Ce soir au Krakatoa c'est un peu le festival du poil. Public et musique sont équitablement velus. Le gratin Rock bordelais s'est mis sur son 31 pour venir acclamer le petit génie du revival Garage. Les barbes sont peignées, les shorts et minijupes en jean repassés, les tatoos bien en vue. Nous repartirons tous ébouriffés par un concert d'anthologie.

 

En première partie, des jeunots qui vont très très vite. A la limite de la sortie de route. Leur musique a l'air dangereuse et l'est sans doute. Énergie punk de titres enchaînés à toute berzingue, synthés et guitares trempés dans des effets zinzins, les Useless Eaters ressemblent à des Sex Pistols en roue libre dans un cartoon trippé de Robert Crumb. Très chouette.

 

Arrive Ty Segall et son « supergroupe ». Chacun des 5 sidemen est aussi le leader de son propre projet. Nous avons face à nous une sorte de All Star band du Rock Psyché de la côte ouest. Ils sont manifestement potes, ce qui met Segall en mega confiance. Il attaque direct en mode grosse déconne, apostrophant longuement le public sur tout et n'importe quoi.

 

-         « What's your favorite part of the day ? »

(Quel est votre moment préféré de la journée ?).

Le micro circule dans la foule et les fans, en bons rocktambules, répondent tous :

-         « The night ! »

Ty Segall reprend le microphone et annonce le plus sérieusement du monde que son moment préféré de la journée, c'es le matin. Et vous savez pourquoi ? Parce que c'est le moment du petit déjeuner !

-         « I looooove breakfast ! »

 

Cet aveu nous éclaire non seulement sur l'embonpoint charmant du chanteur mais aussi sur la gourmandise avec laquelle il se lance dans un set à la fois puissant, maîtrisé et désinvolte. Segall a beau porter un bleu de travail sur scène (et son guitariste une combinaison orange façon D.D.E.), il n'est pas là juste pour « faire le job ».

 

 

On alterne grosse déconnade avec le public et hymnes garage-Rock super efficaces. Dès le 3ème titre, le public commence à slammer. Nouvelle harangue, Ty lance un défi au public : « Emmenez ce mec en crowdsurfing jusqu'à la console pour qu'il en tape 5 à notre ingénieur du son ». Le défi dure plusieurs minutes et le ton se fait menaçant :

 

-         « If you don't do it, we go straight back to California ! »

(Si vous ne le faites pas, on retourne direct en Californie !)

-         « Now bring him on stage ! »

(Maintenant enmmenez-le sur la scène)

-         « We have a winneeeeer ! Now wait until the song starts, scream and jump back down. »

(Nous avons un gagnant ! Maintenant attends que la chanson commence, gueule et ressaute dans la fosse !).

 

Le groupe démarre un titre surf-punk aux harmonies vocales impeccables, entre the Clash et les Beach Boys. Le chanteur hurle et saute. Délire total.

 

Foutoir ultra sympathique. Show ultra maîtrisé.

A la fin de la chanson, une spectatrice du premier rang est invitée à rejoindre le groupe pour participer à la mise en scène suivante. Pendant que Segall raconte l'histoire délirante de Sloppo, la mascotte du groupe, qui a été assassinée à Barcelone, le groupe improvise un interlude dissonant et décalé sur le groove d'une vieille boite à rythme bancale. Le chanteur, hilare, explique à la fille, un peu ahurie par la  déjante ambiante, le rôle qu'elle devra tenir : « Tu hurles tout le temps, ok ? »

 

Elle s’en va effrayée. Il lui fait au revoir de la main : « Bye bye lollypop. »

 

C'est vraiment du gros n'imp.

 

Et au beau milieu du chaos surgit un hymne de stade qui met tout le monde en transe immédiate.

Le cœur y est, c'est clair.

 

 

Pitrerie suivante : Ty passe le micro à une fille dans le public. Trois fois. Elle n'ose rien dire. Timide, au bout de quelques longues secondes de silence, elle se lance : « Ty, can I have a hug ? » (Ty, je peux avoir un câlin?). Trop mignon pour résister. Il descend et l'enlace. Choupinet.

 

Et hop le groupe enchaîne direct avec un groove Heavy Metal super lent et bien sombre façon Black Sabbath avec un riff harmonisé à 3 guitares. Ça ne rigole plus du tout.

 

 

Arrive ensuite un synthé répétitif solaire à la Terry Riley. On repasse en une fraction de seconde de l'ombre à la lumière. Montagnes russes (pardon, californiennes) émotionnelles.

 

Ty répète sans cesse qu'il est un gros bébé. Vu la vitesse à laquelle sa musique nous fait passer du rire aux larmes, on le croit. On dit que les nourrissons sont bipolaires. Et Ty Segall ? S'il n'avait pas pondu 10 album ces 7 dernières années, on peut se demander où en serait sa santé mentale.

 

Ce type est génial et sa musique ressemble à la vie : cruauté et bonhomie cohabitent harmonieusement.

A la sortie, le public est unanime, c'était LE concert de l'année. Tout le monde a pris sa claque.

 

Travail précieux que celui de salles comme le Krakatoa qui mettent en lumière les génies de l'underground !

 

David Carroll, Bordeaux le 9/06/2016.

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