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« L’expérience » rap Rejjie Snow au Trabendo

A seulement 23 ans, le rappeur irlandais perce dans la scène hip-pop comme une comète. Sa mixtape The Moon & You en orbite gratuitement depuis le 16 mai met encore des étoiles dans les oreilles, particulièrement celles françaises venues remplir le Trabendo le samedi 20 mai.

 

« Tonight is not a rap show, it’s an experience » : Rejjie Snow n’avait pas habitué à moins. Passages remarqués au Macki Festival en 2014, au Social Club en 2015, au Festival Chorus de La Défense, et plus récemment aux Transmusicales, l’irlandais surfait sur le succès de son premier EP Rejovich depuis 2013. 

 

 

Et la France raffole de son flow lent, sensuel, suave, et sa musique inénarrable, riche autant de jazz que de synth-wave, de touches gangsta que d’influences R’n’B. Identité multiple pour un jeune homme qui semble avoir eu déjà plusieurs vies : seul noir à l’école dublinoise où il grandi confronté au racisme ; des études supérieures aux Etats-Unis et notamment l’occasion de collaborer avec Flying Lotus ; son ancien projet sous le nom de Lecs Luther ; sa vie en Angleterre, pays, comme son île verte voisine, peu renommée pour le rap mais où il y a une « vibe » spécifique selon lui ; ses amitiés avec le crooneur blues King Krule comme les rappeurs MF DOOM ou Tyler The Creator dont il est souvent rapproché ; et enfin l’érudition, les fleuves d’influences, et ses tatouages qui viennent durcir ses airs d’éphèbe adolescent, et souligne en gras sa vocation artistique.

 

 

Au Trabendo, c’est son fidèle DJ aux loques équivoques de la weed, thème récurent de leurs compositions, qui ouvre le bal. Avec un blind test qui mène de la West Coast à coup de basses lourdes, au Paris sénégalais avec la kora enchantée de DTR de Booba : do you know this one ? La fosse explose comme du pop-corn, une évidence.

 

Explorant les instrus dandiesques et soul de Childish Gambino, on sent que l’on se rapproche de l’apparition du dublinois. L’ambiance voluptueuse et intimiste est posée sous l’écran qui projette des couleurs tantôt psychédéliques, tantôt bleu blanc rouge, le nom du dublinois solidement affiché.

 

Bonet de marin vissé sur son crâne lisse, il accueille la foule chauffée à blanc majoritairement féminine, d’un généreux jet d’eau, avant de lancer majestueusement D.R.U.G.S. Titre sorti le 21 septembre 2016, il fait partie des quatre morceaux à avoir été clipés par le graphiste anglais James Neilson sous forme de gifs qui mettent en exergue avec humour des scènes iconiques de la gangsta life.

 

 

Avec sa bouille d’ange, ses lyrics tantôt érotiques, tantôt engagées, l’équilibre entre le point de conscience et l’échauffement du bassin est parfait.

 

L’expérience, c’est celle d’une alchimie évidente entre un public dansant, et des compositions léchées, aux productions à la fois innovantes et efficaces. Avec ses plus vieux succès Blackkst Skn qui fonctionne toujours aussi bien après le succès du clip avec Lily Rose Deep comme l’envoutant Lost in Emphaty où les synthés font penser que l’on « nage dans l’océan », ou encore le bénédicité de Loveleen repris en chœur : « money, bitches, hoes, greed, pussy, lords knows » ; Snow dirige un set toujours plus captivant dans une salle plongée dans la pénombre.  Lorsque les lumières tentent d’éclairer un peu plus la scène, peut-être pour que l’on admire la lame de rasoir tatouée sur sa gorge, le rappeur demande poliemment de les éteindres, préférant l’ambiance intimiste aux feux de la rampe où le rejoint Ebenezer pour la charge politique et endiablée Flexin

 

 

Crooked Cops encore plus explicite place le curseur plus haut sur la barre des engagements, dénonçant efficacement les violences raciales policières. Avant un autre passage à une perle libidineuse, parmi lesquelles Pink Beetle ou encore la très jazz Nights Over Georgia qui mènent, après invitation, au public sur scène qui scande des « Snow ! Snow ! » sur la méchante My Rap Song. Si la soirée ne peut se prolonger face à un chargeur de titre bientôt vide et une foule un peu trop enthousiaste sur scène, on se rattrapera avec The Moon & You en se remémorant cette tendre et puissante soirée au Trabendo.

 

13 titres inédits qui viennent saluer la patience de quatre années pour les fans de la première heure, avec des featurings qui assoient sa notoriété en flèche : Joey Bada$$, Jesse Boykins III, Joyce Wrice et le bruxellois Shungu.

 

 

 

De quoi faire vibrer dans l’attente de l’album Dear Annie prévu cette année, et réaliser le but ultime selon l’artiste : « simplement garder les gens heureux et engagés à la fois ». Objectif largement atteint au Trabendo ce samedi 20 mai !

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