Tous les bons plans musique près de chez vous
Dans les coulisses du Fil

Dans les coulisses du Fil

Les Scènes en Régions, ce sont ces salles de musiques actuelles partenaires de la Caisse d'Epargne, situées aux quatre coins de la France métropolitaine, qui aident au développement et au renouvellement de la scène musicale française. Nous avons posé quelques questions à Thierry Pilat, le programmateur du Fil, qui nous dit tout sur ce lieu incontournable à Saint-Etienne.

 

Esprit Musique : Pouvez-nous nous présenter  la salle ? Quelle est son histoire ?

Thierry Pilat : Le Fil a vu le jour en Janvier 2008.  Salle créée par  la Ville de St-Etienne et gérée en Délégation de Service Publique. C’est le collectif LIMACE, association réunissant une vingtaine de structures locales qui gère le lieu depuis le début. C’est là notre particularité. La salle est gérée par les acteurs musicaux du territoire : 15 salariés, 80 à 100 bénévoles, une cinquantaine d’intermittents techniciens, une multitude de partenaires, 280 artistes en 2014 et pour la 1ère fois de notre histoire, nous avons passé la barre des 50000 spectateurs cette année. C’est ça Le Fil.

Cela faisait 30 ans que les Stéphanois attendaient un véritable équipement dédié à la musique. Le lieu comporte 2 salles de concerts, une de 1200 places et le Club de 300 places avec le bar. A l’étage, 3 studios de résidence pour les artistes dont un équipé en studio d’enregistrement.

 

Quels styles de musiques se rencontrent au Fil ? Quelle ligne artistique ?

 Le projet culturel du lieu va du local à l’international. Nous sommes une scène généraliste ouverte à toutes les composantes des musiques actuelles, du jazz à la techno en passant par le rap et le rock bien sûr. C’est surtout la scène Française que l’on retrouve dans la programmation avec une forte implication locale. Près d’un artiste sur deux est issu de la région Rhône-Alpes.

 

Coming Soon en concert le samedi 26 avril au Fil

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre rôle au sein de la salle ?

En tant que programmateur, je gère non seulement les choix artistiques mais aussi les budgets de chaque soirée. Mon rôle est stratégique. C’est la raison pour laquelle je participe à la plupart des réunions internes : Point technique avec les régisseurs, point promo pour suivre les actions menées en communication, réunion diffusion pour parler des projets spécifiques du Fil, pôle accompagnement des artistes locaux … Je suis un autodidacte comme la plupart des professionnels du secteur qui ont démarré leur carrière dans les années 90. A l’époque, peu de formations existaient et encore moins de master en gestion culturelle ou autres diplômes. C’est sur le terrain que tout se passait, en jouant dans des groupes, en montant des tournées, en organisant des concerts. Et il n’y avait pas toutes ces salles super équipées telles que Le Fil ou les autres confrères de la Fedelima (Fédération Nationale des scènes de musiques actuelles)

 
Quelles sont les missions d’une salle comme la votre ?

 Nous sommes une SMAC, Scène de Musiques Actuelles labellisée et à ce titre nous répondons à un cahier des charges strict joignant diffusion de concerts et actions culturelles. Notre première mission est d’organiser 80 spectacles par saison. Nous n’avons jamais su en faire moins de 100. Il y a tellement de sollicitations et de projets. Nous répondons aux demandes des associations locales. L’une des particularités du Fil est que nous coproduisons beaucoup de nos concerts avec les structures locales. C’est le meilleur moyen pour nous de répondre aux attentes de soutien des acteurs culturels du territoire. Nous devons également soutenir la scène locale et les groupes émergents.

Enfin, nous menons bon nombre d’actions culturelles, notamment auprès des jeunes publics. Nous organisons des ateliers musicaux dans les écoles tout au long de l’année (Les petites et/ou les grandes oreilles). Nous sommes également présents en maison d’arrêt et dans les hôpitaux. L’une de nos missions consiste à « éduquer » ou tout du moins favoriser l’éveil musical des nouvelles générations. On se demande parfois comment réagiront tous ces enfants qui auront pratiqué une salle de concert telle que la notre de l’intérieur… sur scène, dans les loges, dans les studios. Gageons qu’ils seront d’incroyables créateurs de musique !

 

Chapelier Fou en concert le jeudi 5 février au Fil

 

Parlez-nous de vos publics.  Quelles actions sont-elles menées envers eux ?

On taxe facilement le public des Smac dans la catégorie jeune, pour ne pas dire « jeunisme ». Certes, bon nombre d’étudiants viennent sur nos concerts et désormais plus particulièrement sur les soirées « electro ». Mais nous sommes surpris de la diversité des âges. Le rock’n’roll a 60 ans désormais et avec lui, bon nombre de générations l’ont pratiqué à différentes époques. Ils sont toujours assidus aux concerts. Cela fait partie de notre culture. En témoignent les tournées d’artistes venus des 70’s, voir même 60’s comme Dr Feelgood ou Eddy & the Hot Rods… Les ancêtres du punk rock. Les bénévoles du Fil témoignent de cette diversité en allant de 18 à plus de 70 ans, toute catégories socio-professionnelles confondues. Pour fidéliser le public, nous avons mis en place la Carte Filgood, qui pour 10€ par saison permet de bénéficier de réductions allant généralement de 2 à 6€ par concert. Autant dire, c’est un bon plan.

 
Que pouvez-vous nous dire sur la scène locale, les groupes émergents ? Comment sont-ils accompagnés par le Fil ? 

La scène Stéphanoise est riche et diversifiée. Il existe bon nombre de musiciens d’un excellent niveau. Paradoxalement, tous ne sont pas professionnels. Il manque sans doute des vocations de manager, des créations de labels indépendants, des tourneurs, bref tout l’entourage nécessaire aux artistes pour pouvoir s’exporter. Même si l’avènement d’internet permet désormais à n’importe quel groupe de se faire écouter partout dans le monde, il est souvent bien difficile de se frayer un chemin dans la jungle des connexions.

C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un certain nombre de formations au management ou à la gestion de carrière, tout à fait accessibles et ouvertes à tous les apprentis managers. Il existe également des formations au Vjing, au Djing, MAO, techniques d’enregistrement, jusqu’à la gestion de son son sur scène.

Mais notre principal dispositif d’accompagnement d’artistes se nomme « Bold Session ». 6 à 8 groupes sont sélectionnés chaque année pour travailler dans les studios du Fil, accompagnés par Max, notre « coach » musical et par Greg à la technique. Réfléchir, disséquer, faire ressortir les points forts et faibles des compositions … en vue de préparer un concert spécial, gratuit au Club, filmé et enregistré. Il en ressort un clip live destiné à la promotion du groupe. Cela marche très bien. Nous avons fait une « Bold spéciale Dj » en Octobre, une spéciale rap en juin prochain, mais la plupart sont quand même des groupes de rock. La plupart des fleurons de la scène Stéphanoise sont passés par là comme les excellents Doorsfall portés par Esprit Musique.

 

 

Que vous apporte un partenaire comme Esprit Musique ?

Le partenariat Esprit Musique nous permet de donner une visibilité supplémentaire au groupe que nous accompagnons. Depuis que le dispositif de vote a été revu et corrigé, la dynamique est plus facile à tenir. Nous incitons nos abonnés, et même tout le public à soutenir l’artiste. D’un point de vue plus général, le soutien Esprit Musique aux salles du réseau Smac est une première en France. En effet, le secteur privé se tourne facilement vers l’évènementiel musical et notamment vers les festivals. Les salles sont un peu l’antithèse de l’évènementiel … nous en organisons toutes les semaines, 2 à 3 fois, même. Nous travaillons les publics « au long cours », dans la longueur, on peut sans doute dire « en profondeur ». Il est important pour nous que des partenaires privés reconnaissent l’utilité de nos lieux et l’impact culturel que nous avons sur nos territoires.

Esprit Musique est le seul dispositif à s’appuyer sur cette dynamique pour toucher un public large.

 

Quels sont les temps forts de votre programmation ?

Depuis les années 2000, les soirées electro représentent un cas à part dans la programmation. En effet, les habitudes de « consommation » musicales sont diamétralement opposées à un concert rock classique : Plusieurs salles jouant simultanément, les « dance-floors » ont pris le devant par rapport à la scène, 8 à 10 artistes par soirée, jusqu’à 5 ou 6h du matin, le bar est un élément central de la soirée, décoration, vidéo, mise en avant de concepts… On touche autant à l’artistique qu’à l’entertainment. Ce sont donc des temps forts de la programmation qui puisent beaucoup d’énergie dans l’équipe. Nous avons lancé un nouveau concept de soirée au Fil cette année, les Afterwork et les Afterschool. Tous les premiers mercredi du mois alternativement, les parents sont conviés à l’heure de l’apéro autour d’assiettes diverses et variées pour écouter un dj ou participer à un rendu de résidence ou encore un vernissage d’exposition. C’est gratuit, de 18 à 22h. Pour les collégiens ou plus généralement, tous les enfants qui le souhaitent, sur le même concept, les Afterschool ont lieu de 16 à 19h avec bar sans alcool, Dj, et gourmandises… une vraie boom, ou la « 1ère soirée » des nouvelles générations.

 

Hanni El Khatib en concert le samedi 7 mars au Fil

 

Il y a t-il des projets de développement que vous aimeriez concrétiser ?

Beaucoup de projets sont en gestation au Fil. Sans doute l’un des plus importants reste le développement des nouvelles technologies de l’information au sein de l’équipement et du projet même du lieu. Nous voudrions développer notre impact sur le net et communiquer davantage sur nos contenus culturels qui sont nombreux, à travers l’image, la captation de concerts, des reportages.  En quelque sorte créer une véritable chaîne internet capable de rendre compte de la création artistique. On peut imaginer des soirées en « streaming » donnant rendez-vous à des publics éloignés. Il s’agirait d’utiliser le net à la fois comme support de communication et comme potentiel de création artistique supplémentaire. Bien sûr la musique aurait sa place mais également toute la palette des arts graphiques et vidéo. Pour l’instant, nous attendons un nouveau site internet nouvelle génération à la rentrée et nous commençons à gérer des écrans au sein  du Fil.

 

Y a-t-il une anecdote, un souvenir marquant à partager avec nous ?

Les anecdotes ne manquent pas au fur et à mesure de nos soirées. Sans parler des concerts cette fois-ci, on peut parler de notre projet « papy rocker » que nous avons monté cette année. Nous avons lancé un appel à casting pour monter un groupe de séniors de plus de 65 ans, capable de composer des titres originaux en vue d’une tournée et d’un album. Le résultat est allé bien au delà de nos attentes. Une cinquantaine de musiciens retraités ont répondu à l’appel. Mais c’est surtout l’impact médiatique qui nous a surpris. Notre projet « local » a pris une autre dimension avec la presse nationale qui s’est emparée de l’initiative. Cerise sur le gâteau, Mireille Dumas a décroché son téléphone et réalise un 52 mn sur la genèse du groupe des auditions jusqu’aux premiers concerts qui passera en prime time sur une chaîne publique ! De quoi mettre la pression à nos papys qui répètent chaque semaine  dans les studios en compagnie de Feed (artiste Stéphanois, compositeur… Slimmy entre autre, c’était lui). La problématique du moment : on a toujours pas trouvé le nom du groupe…

 

Parmi les groupes qui ont joué dernièrement au Fil, avez-vous eu des coups de coeur ?  

 En octobre dernier, nous avons accueilli James Taylor Quartet. Claviériste, funk et rock à la fois, avec basse, batterie et guitare. Les 4 Anglais sont impressionnants d’efficacité, le batteur  notamment allie puissance, précision, finesse et … groove. On sent directement une autre culture de l’instrument et du groupe, très British, de quoi donner des complexes à pas mal de musiciens. Sans doute le meilleur concert de l’année, qui a été filmé d’ailleurs (à voir bientôt). 

 

 

Quel message pour ceux qui ne connaissent pas le lieu ?

Comment ça vous ne connaissez pas le lieu ? Et la musique ça vous parle quand même ?

Ben je dirai que c’est ici que ça se passe. Faut sortir un peu le soir pour voir la vie meilleure. Convivialité, création, ouverture… et liberté. Et que le rock  soit avec vous.

 

Playlist Scènes en Régions - le FIL

 

Logo Twitter