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Dans les coulisses du Cargö

Les Scènes en Régions, ce sont ces salles de musiques actuelles partenaires de la Caisse d'Epargne, situées aux quatre coins de la France métropolitaine, qui aident au développement et au renouvellement de la scène musicale française. Nous avons posé quelques questions à Christophe Moulin, programmateur de la salle, qui nous en dit davantage sur les activités diverses et variées du Cargö, la grande salle caennaise de musiques actuelles.

 

Arts Attack était « une petite association comme il en existait des milliers en France » mais ça, c’était avant. Depuis plus de dix ans, elle a pris de l’ampleur, a compris l’importance des talents locaux et rayonne au niveau national grâce au Cargö qu’elle gère et au Nordik Impakt. Si aujourd’hui vous connaissez des artistes comme Fakear ou Orelsan, c’est entre autres grâce à Christophe Moulin, le programmateur de la salle caennaise.

 

 

 

Je pensais que le Cargö était un ancien bâtiment en reconversion, en fait pas du tout.

Christophe Moulin : Non, c’est un bâtiment neuf qui a ouvert le 1er février 2007. On a eu la chance de travailler pendant un an et demi sur la salle, pour répondre aux besoins de l’organisation de concerts et en faire un lieu qui aujourd’hui compte parmi les premiers en France consacrés aux musiques actuelles. Il est adapté aux concerts, mais il y a aussi des studios de répétition et de l’accompagnement, du soutien aux artistes locaux pour les aider à émerger sur le territoire national. Cela a permis l’explosion de gens comme Orelsan, Granville, Superpoze

 

 

 

Les artistes que tu me cites ont grandi grâce au Cargö ou ils auraient pu se faire seuls ?

On va dire qu’on est juste là pour mettre en lumière le talent des artistes en région. Le problème est que bien souvent, ils n’ont pas la chance de trouver des professionnels pour les aider à structurer leur projet, c’est notre travail de leur présenter les bonnes personnes. On est juste un révélateur, l’engrais on va dire, qui va aider les belles pousses à grandir.

Et le vivier a l’air plutôt fertile quand on voit cette génération de jeunes artistes qui explosent presque tous en même temps.

Ils s’entraident beaucoup, et nous avons la chance d’avoir intéressé les médias du monde de la musique qui viennent maintenant nous voir pour nous demander : « Faites-nous écouter le nouveau Fakear, le nouveau Concrete Knives, les prochaines pépites ». Ils se déplacent de Paris pour nous voir, on les rencontre aussi sur les festivals comme le directeur des Transmusicales. Parallèlement, le public s’est pris d’affection pour les artistes régionaux. Les soirées qu’on organise avec eux sont vraiment suivies et fréquentées, le public a cette envie de découvrir les talents régionaux.

 

 

La programmation du Cargö est principalement centrée sur les artistes locaux ?

En fait, on essaye de travailler sur trois niveaux : des artistes régionaux bien évidemment, des artistes nationaux comme par exemple Brigitte qui viendra bientôt chez nous, et également des exclusivités internationales. On essaye de donner à notre salle une spécificité et une couleur bien particulière, mais que tous les genres y soient aussi représentés. Je pense que les salles qui ne programmaient que du rock, de l’electro ou de la pop, c’est fini. Maintenant on doit s’adresser à tous les publics et eux doivent pouvoir s’y reconnaître. On a une programmation trimestrielle, et on tient à ce qu’il y ait un concert de hip hop, un concert de rock, un concert de métal. Ce qui est important c’est la qualité, le sens de la découverte, le fait de faire partager nos coups de cœur. Après, on prend des risques à programmer des artistes avant tout le monde, comme Asaf Avidan qui n’était absolument pas connu à l’époque.

 

 

En sept ans de programmation, quel artiste tu as eu le plus de plaisir à faire jouer ?

Je pourrais en citer vingt ! Le premier concert avec Gotan Project a été un souvenir énorme. Personne n’avait joué dans la salle, ni devant un public, on était très inquiets parce qu’on se disait « Il faut absolument que la salle sonne ». Quand Gotan Project est sorti de scène, ils nous ont dit « C’est incroyable, votre salle a déjà une âme ». On est très fiers d’accueillir aussi un artiste comme Etienne Daho ce soir, mais aussi des artistes comme Maceo Parker, je me rappelle aussi de moments hyper forts avec Alpha Blondy… J’attache une affection particulière pour un artiste comme Totally Enormous Extinct Dinosaurs qui était l’un des concerts les plus incroyables que j’ai jamais vu. Il y en a beaucoup, ça serait difficile de tous les citer, chaque concert nous emmène dans une ambiance particulière. Il y a des soirs où il se passe quelque chose de magique, où on se dit « Heureusement que je suis là pour vivre ça », comme à Caravan Palace où il y avait une ambiance incroyable, ou même encore Kaaris en concert m’a énormément bluffé.

 

 

Et les pires souvenirs ?

Le pire, c’est quand on est intimement persuadé qu’un artiste vaut vraiment le coup et qu’on n’arrive pas à communiquer cette passion au public, que les réservations ne marchent pas, qu’on galère parce qu’on croit vraiment à ce qu’on fait, mais malheureusement on n’arrive pas à faire partager ça. Ce sont des choses qui arrivent, ça fait partie de notre métier de faire des paris mais ce n’est que partie remise à chaque fois.

Il y a des artistes que tu rêverais de programmer aujourd’hui ?

Oui forcément, mais c’est un peu comme se dire « Tiens, j’adorerais avoir une immense maison à la campagne avec 2000m² de jardin » (rires). On n’en a pas forcément la possibilité, et finalement ce n’est pas une question qu’on se pose. Il y a des artistes qu’on fait jouer au bout de cinq ans, car au moment où on en a la possibilité ils ne peuvent pas parce qu’ils sont en tournée ailleurs, c’est aussi une question de disponibilité pour nous, ce sont des projets de longue haleine. Parfois, notre fenêtre de tir est extrêmement étroite mais en termes de programmation rêvée… Je préfère garder mes secrets.

Tu me parlais de salles de répétitions et d’accompagnement d’artistes, il y a d’autres projets dans ce sens qui naîtront au Cargö ?

Dans l’avenir, on souhaite renforcer notre dispositif de formation professionnelle, technique, artistique ou administrative, c’est un palier qu’on aimerait franchir. On a aussi une grande terrasse au bord de l’eau et on aimerait l’aménager pour créer un espace de convivialité encore plus confortable pour le public.

En quoi Esprit Musique est un partenaire pour la salle ?

On a rencontré des gens passionnés et passionnants qui avaient vraiment cette envie de partager des choses. On était vraiment en phase avec ce que proposait Esprit Musique, c’est un dispositif dans lequel on est pleinement inscrits. L’an dernier on a eu la chance de proposer Fakear qui a eu le prix Nova, c’était une grande fierté pour nous. Cette collaboration est régulière, on échange beaucoup, ce n’est pas juste une banque qui donne de l’argent, ce sont des gens très proches de ce que l’on fait, c’est très agréable.

Ton coup de cœur pour la programmation à venir au Cargö ?

Je pense à Sharon Jones qui est une grande dame de la soul qui nous fait le plaisir de venir. On parlait d’artistes qu’on espère faire jouer pendant des années, elle en fait partie.

 

 

Tu aurais un message pour donner envie aux gens de venir au Cargö ?

Les médias et les artistes nous ont souvent dit qu’on a le « meilleur son de l’ouest », c’est plutôt sympa. On est aussi une salle qui a un club de 400 places avec un bar, où on peut s’assoir, boire une bière, prendre son temps. On peut passer à côté et voir le concert aussi. Et puis on est situés au bord de l’eau et proche du centre-ville, tous ces atouts font du Cargö ce qu’il est aujourd’hui.

Playlist ESPRIT MUSIQUE X LE CARGO :

 

  

Propos recueillis par Eric Rakotonirina.

Le Cargö : www.lecargo.fr/

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