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Dans les coulisses des Trois Baudets

Dans les coulisses des Trois Baudets

Les Scènes en Régions, ce sont ces salles de musiques actuelles partenaires de la Caisse d'Epargne, situées aux quatre coins de la France métropolitaine, qui aident au développement et au renouvellement de la scène musicale française. Alice Vivier, directrice adjointe des Trois Baudets, nous parle de ce haut lieu de la chanson francophone à Paris.

 

Esprit Musique : Peux-tu te présenter ?

Alice Vivier : Alors je m’apelle Alice Vivier, j’ai 32 ans, je suis directrice adjointe des Trois Baudets.

 

Tu es là depuis combien de temps ?

Les Trois Baudets, c’est une salle qui appartient à la ville de Paris, et c’est ce qui s’appelle une délégation de service public qui est mise en place, c’est à dire qu’en gros on a crée une société qui a pour mission de gérer le lieu et d’assurer sa programmation en fonction du cahier des charges que l’on a décidé avec la ville. Et nous on est là depuis 2013. Historiquement, les Trois Baudets c’est un lieu voué à développer des artistes « chanson » et a été crée dans les années 40 par Jacques Canetti qui a découvert des gens comme Brel, Brassens, Barbara, Piaf... c’est assez dingue les gens qui sont passés ici dans les années 40. Il l’a gardé vingt ans, entre 1947 et 1967 et ensuite, cela a été un cabaret, une salle de concert mais plus « international » En 2009, cela ré-ouvre sous l’impulsion de Bertrand Delanoë  pour être à nouveau un lieu qui est voué à découvrir et à développer des artistes émergents en chanson francophone.

 

 

Quel est le positionnement de la salle à Paris ?

Alors c’est majoritairement artistes francophones. Après ça ne veut pas dire que tout le monde chante en français non plus, ça veut dire que c’est des artistes français ou d’origine francophone, mais qui peuvent chantent en anglais. On a beaucoup d’artistes qui sont plus folk, plus pop, qui chantent en anglais... Heureusement sinon ce serait compliqué de faire la programmation. Et du coup voilà, c’est des artistes en voie de développement, on va dire émergents. En gros on a trois artistes qui jouent chaque soir, mais trois niveaux de professionnalisation différents. Le premier joue quinze minutes, donc une première partie.  L’idée c’est que l’artiste ne soit pas du tout entouré professionnellement, si le mec n’a jamais joué de sa vie, ce n’est pas grave...  Le second artiste joue trente minutes, et là l’idée c’est vraiment qu’il commence à être entouré mais qu’il n’a jamais sorti d’album (par exemple). Et le troisième, qui est censé  jouer une heure, ça peut être sur une sortie d’album, ça peut être juste quelqu’un d’un petit peu plus repéré, qui entre deux phases d’actu a besoin justement d’un lieu pour se roder un peu, donc vraiment un artiste qui est entouré professionnellement et plus reperé.  Du coup, on invite des pros à les voir, on essaye aussi de faire un emploi du temps autour de ça

 

 
Mr Crock, passé en concert le 24 mars aux Trois Baudets

 

Comment vous les choississez, ces artistes ?

Alors moi je m’occupe de la programmation ici, je suis épaulée par une jeune fille qui s’apelle Agathe et qui travaille chez Astérios, qui est une des bookeuses, et on se voit une fois par semaine pour faire un petit point sur la programmation. Et après, il y a des producteurs avec qui on travaille régulièrement, donc on sait qu’ils vont nous envoyer un mail pour dire « Tiens,  j’ai tel ou tel nouvel artiste que je viens de signer, est-ce que ça peut aller ?»  Et pour les tout jeunes artistes, ce qui est quand même super excitant aussi c’est que du coup on va voir directement avec la personne. Je reçois des tonnes de mails, tous les jours, de groupes, que j’écoute, et je me dis « ah tiens ça c’est vachement bien, j’avais jamais entendu »... J’écoute beaucoup sur internet, ce que l’on m’envoie, des liens, des clips. Et après c’est des réseaux, tu tombes sur un clip, tu te dis, le mec il a joué avec tel groupe, je vais écouter...

 

Donc même des artistes qui ne sont pas du tout accompagnés sont susceptibles de pouvoir jouer ?

Ah ben au contraire, c’est même chouette, complètement, bien sûr. A un moment on a eu des gens ici qui n’avaient jamais joué de leur vie ! Pour le quinze minutes, il suffit juste de quatre morceaux, non, c’est super chouette, c’est ça qui est excitant justement.

 

Et tu regardes aussi la programmation des autres salles ?

Un petit peu, pas beaucoup. Enfin,  quand je dis « pas beaucoup », je m’intéresse en tant que personne à ce qui se passe sur Paris, mais après, de là à dire que l’on s’inspire de telle ou telle programmation, pas vraiment. On est quand même le seul lieu à Paris à avoir cette exigence d’artistes francophones, d’artistes en développement,  il y a d’autres salles qui le font, mais avec les moyens qu’on a du fait qu’on soit une salle « Ville de Paris », il n’y en a pas tant que ça finalement. Du coup, oui, je m’intéresse, je sais qu’au Petit Bain ils peuvent avoir des soirées qui peuvent coller, l’EMB Sannois, j’aime beaucoup la programmation.

 

Tu parlais du public. Par rapport au public, il y a un positionnement, faire découvrir des groupes... ?

Oui, alors on a mis en place un système de pass dès l’ouverture, c’est un pass qui coûte trente euros en plein tarif et 20 euros en tarif réduit, et qui donne accès à toutes les soirées des Trois Baudets, c’est à dire 132 dans l’année.  Je n’avais pas précisé d’ailleurs : c’est 132 soirées par année, avec trois artistes par soir, donc environ trois à quatre concerts par semaine.

 

Ah c’est super ! Et du coup c’est pour les étudiants... ?

Et bien le 20 euros tarif réduit c’est pour les étudiants, les intermittents, les chômeurs, les moins de 25 ans etc, et sinon c’est trente euros. Mais trente euros ça veut dire qu’au bout de trois concerts c’est rentabilisé parce que sinon la place est à dix euros.  Donc soit tu achètes un pass à 20 ou 30 euros et tu peux voir tous les concerts, soit tu achètes une place à dix euros mais au bout de trois venues tu aurais mieux faire d’acheter le pass.

 

Et donc le pass te permet d’accèder aux 132 soirées ? C’est super intéressant.

L’idée c’était de banaliser complétement l’accès à la salle et que les gens puissent se dire « ok, j’ai mon pass dans la poche, je suis dans le quartier de Pigalle, je vais passer voir aux Trois Baudets ce qui s’y passe » L’idée c’était de dynamiser un peu l’accès à la salle, et donc ce pass il est gratuit pour les professionnels qui en font la demande, et pour les artistes qui ont déjà joué ici, pour qu’ils puissent aller se voir les uns les autres . Du coup, ça permet  d’avoir une bonne fréquentation de la salle, en vrai, il y a quand même du monde quasiment tout le temps, grâce au Pass, du fait qu’il y ait trois groupes par soir, ça fonctionne plutôt pas mal niveau public.

 

Et il y a des expositions ? J’ai vu que c’était un peu un lieu transdisciplinaire ici.

Non pas tellement, c’est vraiment musique et pas mal chanson, on a essayé, on a eu quelques expos qui étaient très sympas, mais on a du mal à vraiment rendre les expos visibles, à faire un vrai travail autour. Donc là on s’est dit qu’on essayer de chercher plutôt des choses qui  peuvent être fixes dans le lieu. On va partir sur des expos qui  durent longtemps, qui puissent être fixes, pas qui partent au bout d’un mois, mais qui peuvent rester un an...

 

Vous organisez des résidences ?

On organise des résidences là depuis 2015. En fait c’est une quinzaine de groupe par an, dans l’année là on va commencer en 2015, avec une sortie de résidence le dimanche soir, publique, qui du coup, s’intègre dans les soirées Trois Baudets. C’est des résidences de trois quatre jours, et après chaque groupe va travailler ce qu’il a besoin de travailler. On va avoir par exemple Mini Vague, la semaine prochaine, qui va peut-être plus bosser le son...

 

 

C’est des sessions ?

Oui c’est des sessions de quatre jours. C’est vraiment quelque chose que l’on va mettre en place maintenant, et au delà de ça, je trouve ça chouette que cela puisse fidéliser aussi des artistes autour du lieu, c’est à dire que des gens puissent se dire « allez je m’installe ici pour quatre jours », du coup il y a un attachement à un lieu, et l’idée c’est aussi de créer un peu une famille, des gens autour du lieu, de la programmation, qui puissent en inviter d’autres, et qu’ils viennent se voir, et qu’ils se sentent bien dans le lieu, ça sert à ça aussi un lieu de spectacle,que ce soit un point de rencontres,  en faire un endroit familial, un lieu de vie pour les artistes programmés, pas juste « je viens, je me casse »

 

Un partenaire Esprit Musique, c’est important pour une salle comme la votre ?

Si ça nous permet plus de visibilité et de faire venir un public qui est un peu dans notre créneau, en termes d’âge, en termes de dynamisme, oui c’est super, on est preneurs !

 

Et les prochains temps forts de la programmation ?

On va accueillir le Disquaire Day, sinon  tous les ans au mois de juillet, on fait une création... cette année c’est avec une chanteuse qui s’appelle Loane,  l’année dernière c’était avec trois chanteuses qui s’appellent Cléa Vincent, Luciole et Zaza Fournier et c’est des créations, l’idée c’est que ces artistes là se ré-approprient le répertoire des années 40 de Jacques Canetti.  Donc c’est une vingtaine de dates avec des titrees ré-arrangés,  mais c’est hyper ouvert parce que du coup on n’impose pas une façon de ré-interpréter ou de ré-arranger ces titres là.

 

 

Et comment ça s’appelle ?

C’est tous les ans différent, l’année derière ça s’appelait Georges, cette année c’était Garçon,  cette année je pense que ce sera pareil, un nom comme ça. Et en fait on constitue un groupe éphèmère qui présente un set. Ah oui, aussi, on va accueillir les Auditions France Inter les 23, 24 et 25 février, c’est un radio crochet qui avait eu lieu en 2013, c’est une émission France Inter animée par Didier Varrod. Il y avait une quinzaine de groupes qui jouaient toutes les semaines et un jury, dont le directeur des Trois Baudets, et du coup, ils avaient sélectionné à la fin un groupe qui s’appelle Arkadin qui a gagné de signer Astérios. Et ils organisent des pré-auditions pour sélectionner ces dix, quinze artistes, qui vont aller sur la radio, ici. Donc il y a une cinquantaine de groupes qui passent en trois jours, on l’avait fait en 2013, on le refait en février. C’est super parce que du coup ça fait écho à la programmation d’ici, parce que du coup il y a plein de groupes qui sont déjà passés, et puis ça nous permet d’en découvrir d’autres, et puis c’est cool, c’est trois jours assez sympas.

http://www.franceinter.fr/evenement-on-a-les-moyens-de-vous-faire-chanter

 

C’est marrant, que ça revienne à la mode les radio-crochets.

Carrément, et puis la diffusion à la radio c’est tellement précieux pour les jeunes groupes, c’est quand même le Graal une diffusion en radio.

 

Et tu pourrais nous parler d’un coup de coeur que tu aurais eu ?

J’ai écouté un truc récemment, il y a deux jours, ça s’appeler « Baiser », c’est un des mecs du groupe Léonie après je les ai pas encore vu en concert... Après un groupe qui s’appelle « Jo Wedin & Jean Felzine », qui est une nana, une grande blonde un peu délurée, même sublime, et Jean Felzine, c’est le leader du « Mustang », ils ont monté un groupe et ont joué plusieurs fois ici et j’aime beaucoup, c’est en français, elle est pas française au départ mais c’est son rêve d’écrire en Français, elle a un accent un peu à couper au couteau, et c’est vachement bien.  Il y a « Corte Real » aussi, un groupe qui joue le 23 février aussi c’est hyper bien

Et sinon, vous avez des projets de développement ?

Et bien les résidences c’est quand même un nouveau truc car on le met en place en 2015, sinon on doit faire du jeune public, on galère un peu, on a appuyé deux projets l’année dernière, c’était très bien mais c’est vrai que c’est pas vraiment notre truc au départ. Et sinon on a des soirées « KLAXON » organisées par Astérios... C’est vrai qu’on a été assez frileux en termes de partenariats mais là on est en train de développer quelques petites choses à droite à gauche, je parlais du Disquaire Day tout à l’heure... On a aussi eu le Festival du Clip International en novembre je crois, ce genre d’évènement on commence à en organiser, à y participer mais au début on se disait surtout qu’il fallait se concentrer sur notre programmation, pour que les gens nous identifient, et après on verra.

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