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Dans les coulisses de la Maroquinerie

Les Scènes en Régions, ce sont ces salles de musiques actuelles partenaires de la Caisse d'Epargne, situées aux quatre coins de la France métropolitaine, qui aident au développement et au renouvellement de la scène musicale française. 

Onze ans d’existence, ce n’est pas rien pour la salle du 20e arrondissement parisien. Un lieu incontournable que l’on soit en quête de défrichage musical, ou simplement d’un endroit calme pour faire une pause. C’est encore trempés du concert de Fakear que nous partons à la rencontre de Xavier Decleire, chargé de programmation, et Thomas Duperron, responsable de la communication de la Maroquinerie. Le premier est dans les lieux depuis sa création (dix ans !) et participe activement à insuffler son âme à la salle ; le second, arrivé en 2012, oeuvre au quotidien pour la remplir jusqu’au sold-out, comme ce soir.

 

Quel est l’Esprit Musical de la Maroquinerie et comment a-t-il évolué en dix ans ?

 

Thomas Duperron : Il y a pas mal de musiques indépendantes, avec une forte identité pop/rock et beaucoup d’influences urbaines, du hip-hop comme de l’électro jazz.

 

Xavier Decleire : La programmation évolue selon les goûts du moment, par exemple comme ce soir avec Fakear qui fait partie de cette nouvelle scène bass, ou des gens comme Fulgeance, Superpoze, Debruit... Il y a dix ans, la Maroquinerie programmait beaucoup de pop rock anglaise. Il faut dire que l’esthétique de la salle s’y prête aussi, c’est une arène qui permet une grande proximité entre l’artiste et le public, dans une ambiance assez moite. On essaye de trouver les artistes avant qu’ils explosent, on aime dire qu’on est un peu le strapontin avant de plus grandes salles comme la Cigale, le Bataclan…

 

TD : Le concert de ce soir est un bon exemple. Fakear vient ici avant de jouer au Trianon dans six mois, il fera complet sans problème. La Maroquinerie, c’est un tremplin et une valeur test pour juger du buzz autour d’un artiste.

 

Quel artiste avez-vous eu le plus de plaisir à programmer ?

 

TD : Avec ma petite expérience ici, c’est Foals et de loin. On a l’habitude de faire pas mal de concerts, souvent on descend pour voir, prendre la température, on remonte pour discuter avec la production à l’étage… Mais Foals est le seul concert où je suis descendu au début et remonté à la fin du rappel en ayant pris une claque. Génial. La deuxième, c’était pour Half Moon Run, je n’attendais rien de particulier même si j’aimais bien l’album et ça a été une vraie révélation sur scène. Je pense que Xavier a beaucoup plus de bons souvenirs que moi.

 

XD : Oui, en onze ans on a fait aussi TV on the Radio, LCD Soundsystem, Vampire Weekend, la première date de Birdy Nam Nam et MGMT sur Paris. J’ai le souvenir de deux dates de Gnarls Barkley aussi. Après c’est surtout très gratifiant de voir que les artistes qu’on a fait jouer évoluent dans le bon sens.

 

 

 

Et le pire souvenir ?

 

XD : Le plus gros couac ? C’est facile, et si jamais Arnaud Rebotini lit cette interview, je le remercie de son flegme (rires). C’était pour Black Strobe il y a six ou sept ans. Des travaux dans la rue avaient touché un canal d’évacuation des eaux usées. Quand ça arrive, la pression remonte dans l’endroit le plus bas du quartier : les toilettes de la Maroquinerie. Un geyser est sorti des toilettes, qui a envahi la salle…

 

Après les groupes emblématiques de la pop que tu m’as cités, est-ce qu’il en reste encore que tu rêverais de programmer ?

 

XD : Si Radiohead veut venir, pas de problème (quoiqu’on fait jouer son batteur en février). Après, ça nous fait autant plaisir de faire jouer une artiste comme FKA Twigs qui a explosé et qui sera énorme demain. C’est cette sensation d’avoir choisi un artiste au bon moment qui est excitante, plus que d’avoir un groupe bien installé même si on a programmé quelqu’un comme PJ Harvey. Il y a des groupes comme The Do qui aiment la salle et reviennent y jouer de temps en temps, ça nous fait extrêmement plaisir. En onze ans de programmation je suis assez comblé, je suis un homme heureux.

 

 

 

La petite jauge de la Maroquinerie, ça ne serait pas justement son inconvénient ? Comme ce soir avec le sold-out de Fakear ?

 

TD : Non, parce qu’on travaille avec des artistes en développement, qui n’ont pas la prétention de remplir plus qu’une Maroquinerie. Toute la difficulté du producteur est de bien choisir sa salle, entre nous et le Trabendo, c’est assez difficile à jauger. Après c’est au programmateur de la valoriser. C’est vrai qu’on a eu aussi de grands artistes, par exemple ce concert avec Angus et Julia Stone. C'est la date-événement qui s’est vendue en un petit quart d’heure, avec un noyau dur de fans et un vrai plaisir pour les artistes qui se sont retrouvés en frontal avec les fans.

 

L’avantage de la Maroquinerie serait donc uniquement sa programmation pointue ?

 

XD : On a toujours voulu que la salle ne fasse pas seulement que du concert, mais soit aussi un lieu de vie où l’on se retrouve, pour manger au restaurant de la Maroquinerie, boire un coup. Quand le show se termine, les gens ne se retrouvent pas dans la rue et peuvent faire perdurer cet instant. Souvent les artistes remontent et gardent cette proximité qu’ils avaient dans la salle avec le public. 

 

Qu’est-ce qu’Esprit Musique vous a apporté en tant que partenaire de la Maroquinerie ?

 

TD : Quand je suis arrivé, Esprit Musique était déjà installé. On met à disposition un certain nombre de places pour les clients de la Caisse d’Epargne qui ont accès à des réductions. Derrière, elle déploie tout son réseau pour communiquer autour de la Maroquinerie, et valoriser la salle auprès de ses clients.

XD : C’est de toute façon bénéfique pour l’avenir que des marques s’intéressent et s’investissent aux côtés d’opérateurs culturels pour les aider. C’est de la visibilité en plus, d’autres canaux de communication. C’est un vrai soutien structurel très important pour nous, via également le portail Esprit Musique dans le développement de nouveaux groupes, qui nous apporte des Jeunes Talents frais. Parrainer tous les ans un groupe qu’on a aimé fait que tout s’entremêle et que ce n’est pas uniquement un sponsor, juste pour avoir son logo en bas d’un support de communication.

 

Au niveau de votre agenda des prochains mois, qui sont vos trois coups de cœur ?

 

TD : Pour moi, ce serait les Clap Your Hands Say Yeah qui ont sorti un nouvel album en juin dernier. Je suis curieux de voir FKA Twigs, pour voir si le buzz est justifié ou pas. Le troisième… Bonne question, je pense que ce serait Perfume Genius.

 

XD :Guts pour moi, parce que même si on est très orientés pop rock, j’aime aussi faire des dates groove/funk. En indé, il y a The Growlers, un groupe un peu psyché qui sort un album ce mois-ci. En décembre, ça serait Kate Tempest qui est une artiste londonienne signée sur Big Dada, le label de The Roots Manuva, je suis très impatient de voir ça.

 

 

 

Un dernier mot pour les gens qui ne connaissent pas encore la Maroquinerie ?

 

XD : On espère faire une bonne saison, en continuant à développer nos petits projets spéciaux.

 

TD : C’est la meilleure salle de Paris, en toute objectivité !

 

   

                                                                                                                                                           Propos recueillis par Eric Rakotonirina

 

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