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Dans les coulisses de la Cave à Musique

Même si la priorité est donnée à la diffusion de concerts, la Cave à Musique de Mâcon fait également office de structure d’éducation pédagogique pour les plus jeunes, en complément d’autres activités dans sa pépinière. Un 4x4 associatif qui roule sur tous les terrains depuis 1992, avec au volant de la programmation, Nathalie Crisantemo.

  

Esprit Musique : Tu es programmatrice de la salle depuis 2003, mais tu t’es impliquée dedans bien avant, c’est bien ça ?

Nathalie Crisantemo : Je suis d’abord arrivée ici en tant que bénévole car la Cave à Musique est gérée par l’association Luciol. Il y a environ une centaine d’adhérents sur chaque saison. A 17 ans, j’ai décidé d’adhérer et de donner un coup de main pour tenir le bar, le vestiaire, les loges, la billetterie… En parallèle j’ai poursuivi mes études en faisant une fac en médias culturels et communication, tout en restant très active pour la Cave le week-end. A la suite de ce DEUG, j’ai intégré un IUP spécialisé dans les métiers de l’Art et de la Culture à Dijon. C’est à la fin de ce parcours que Didier Goiffon, le directeur, est venu me voir en me proposant de reprendre le poste de programmatrice qui se libérait. A l’issue de cette année de stage à la Cave, j’avais appris le métier et j’ai été embauchée comme programmatrice.

  

C’est un métier que tu as appris sur le tas donc ?

Voilà, je n’avais aucune expérience en tant que programmatrice, ni de formation musicale. J’ai appris sur le tas et en plus j’étais jeune : j’avais 22 ans, femme dans un milieu quand même très masculin, mais l’association m’a très vite fait confiance. A l’époque, je n’étais pas toute seule à la programmation, je travaillais avec Rémi qui est maintenant chargé de l’Espace des Musiques Amplifiées, il est plutôt sur les répétitions et l’accompagnement culturel, mais j’ai appris à ses côtés. Disons que je partais avec un avantage : je connaissais le lieu et le projet de l’association qui est propre à la Cave à Musique.

  

Le projet de l'association Luciol tourne autour de plusieurs axes : la diffusion de spectacles, l’accompagnement… Tu peux nous en parler ?

En ce qui concerne la diffusion de spectacles, Luciol est vraiment axée sur la découverte, on ne fait pas une programmation de têtes d’affiche. C’est une volonté qu’on assume en laissant une large part à la scène locale et régionale, aux groupes en développement. A côté de ça, on essaie de faire jouer des groupes qui ont plus d’envergure pour fidéliser le public. On a aussi une programmation de café-théâtre qui est déléguée à Ils Scènent, une autre association hébergée dans nos murs.

Il y a plusieurs associations ici : l’Embobiné qui propose des films et des rencontres cinématographiques, le Gag qui gère surtout l’activité du groupe Gran Kino, Youz qui fait du booking et de la production, ou Sasac qui accompagne les associations du milieu artistique et culturel dans leur dimension administrative.

 

 

Ces associations ne sont pas chapeautées par Luciol, elles sont dans nos locaux, même si la plupart sont représentées au Conseil d’Administration et qu’elles sont aussi décisionnaires au niveau des directions à prendre pour le projet. On s’entraide sur la communication, parfois la trésorerie.

  

L’expression lue sur le site « la batcave du musicien » est assez comique !

C’est l’Espace des Musiques Amplifiées, avec deux locaux de studios équipés. En fait, il y a quatre caves qui se succèdent ici : la salle de spectacle, la deuxième cave ne nous est pas mise à disposition, la troisième nous sert d’espace de stockage, puis les backstages, les loges, le réfectoire.

  

La Cave à Musique est donc plus qu’une salle de concert ?

Oui, car on fait de l’accompagnement de groupes, de la production assistée par ordinateur, de la formation pédagogique sur les risques auditifs. On a conscience qu’on n’est pas les seuls sur le territoire mais nous avons l’expérience et les compétences pour aider les autres structures, il y a une logique de travail en réseau, on considère que chacun peut apporter à l’autre.

La salle a un rayonnement national car elle fait partie des premières salles de la fédération des salles rock en France, la Fée du Rock. Pas mal de groupes ne sont jamais venus ici,  et nous disent qu’ils en ont entendu parler depuis longtemps. Aujourd’hui, on travaille en réseau avec trois autres salles : La Tannerie à Bourg-en-Bresse, le Moulin de Brainans et la Péniche à Chalon-sur-Saône. C’est un réseau de programmatrices, on s’informe de nos programmations respectives pour proposer des styles différents et rester complémentaires. On échange pas mal autour de notre scène locale, on s’entraide sur la diffusion de la communication et on propose un abonnement commun valable dans les quatre salles.

Depuis 2008, je propose une programmation jeune public à la saison, contrairement à celle de la salle, car les écoles décident dès la rentrée de leurs sorties. Ça implique un timing de travail autre que celui des concerts, inhérent à la sortie des albums, aux tournées etc. C’est très rare que ce soit prévu longtemps à l’avance pour les groupes, tout se fait un peu à la dernière minute. Pour le jeune public, on touche plutôt au milieu du théâtre, dès lors qu’un spectacle est créé, on sait qu’il va être joué sur plusieurs années, donc c’est plus simple. J’essaie de faire en sorte qu’il y ait toujours un volet musical qui soit proposé, parce qu’on est dans un espace d’abord dédié à la musique. On privilégie la musique jouée en live sans se contenter d’une bande son enregistrée. Autant que faire se peut, je fais bosser les compagnies locales avec le même principe que les groupes.

  

Comment se passent ces moments auprès du jeune public ?

J’ai l’impression qu’on est tout le temps en train de réajuster le tir, parce qu’on apprend constamment, contrairement aux concerts où l’on a plus de 23 ans d’expérience. Sur le jeune public, on y va à tâtons. Par exemple, depuis peu, j’ai enregistré un message qu’on diffuse à chaque séance, qui explique aux enfants que la lumière va s’éteindre, qu’il faut regarder, écouter. C’est important de les mettre dans l’ambiance car certains ne sont jamais allés voir un spectacle, ils peuvent avoir peur dans le noir, ce ne sont pas des choses auxquelles on pense en tant qu’adultes. C’est également en parlant avec les comédiens qui nous conseillent. Le message s’adresse aussi aux parents, pour prévenir que les enfants restent sous leur responsabilité, pour les maintenir dans une position d’écoute et d’attention.

  

J’imagine que c’est un public encore différent de celui pour la prévention des risques auditifs ?

Oui, là on a affaire à un public de collégiens / lycéens. Le spectacle est proposé par un groupe formé pour pouvoir l’animer, il y a donc un volet sur l’histoire des musiques actuelles que sont l’amplification, la technique, l’aspect physique de l’oreille interne... C’est vraiment dirigé pour les adolescents, sur la consommation de musique chez les jeunes, que ce soit par le casque audio qui peut faire des ravages ou sur les concerts.

 

La scène musicale mâconnaise est-elle active ?

C’est une scène qui a été active. Je ne sais pas si tu connais Broussai, un groupe de reggae qui sort son 4e album à la rentrée. Ils ont fait un bout de chemin avec Danakil et deviennent des têtes d’affiche du genre en France. La scène locale est un peu moins active mais c’est parce que les projets de groupes se font plus rares. La musique a évolué avec l’accès à internet, la possibilité de faire du son dans sa chambre, de s’enregistrer. Du coup il y a moins la nécessité d’utiliser un local de répétition, tu peux faire de la batterie avec un logiciel. Après, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de musiciens. On en a énormément, juste moins en groupes dans une vision à long terme. C’est beaucoup plus difficile maintenant de percer, on essaye de les aider par exemple en se retrouvant régulièrement dans les locaux de répétition pour créer des compositions éphémères et en faire un concert unique à la Cave.

Dans les noms locaux, il y a Final Squeak qui fait de la funk, Alces Alces qui est plutôt indé folk, Owl Collision dans le cabaret rock, les Greedy’s Crackpot, Oyster Reluctance, un groupe de rock qui fera la première partie de Triggerfinger ici… Il y a pas mal de projets hip-hop également, on sort par exemple la première compilation de rap local. Ils vont être une vingtaine à se succéder sur scène, je ne peux pas te donner tous les noms mais Skrib va faire sa sortie d’album en mars ici en première partie de Set&Match.

 

  

Cela fait pas mal de styles différents, est-ce que cela se ressent dans la programmation de la Cave ?

Le fil rouge, c’est l’éclectisme. On veut proposer un large panel musical en essayant de s’adresser à toutes les générations.

  

Tu as des bons souvenirs de programmation depuis 2003 ?

Il y en a tellement, mais je dirais Man Man :

 

 

Mugison, un Islandais :

 

 

Vic Chestnutt était un concert incroyable également, parce qu’on était 80 dans la salle. Tout le monde s’était rapproché de la scène, à un moment j’ai dû pousser son fauteuil et je ne sais pas pourquoi, c’était un moment émouvant.

 

  

Et le plus mauvais souvenir ?

Je pense que c’était Junior Kelly, insupportable. Par exemple quand je lui parlais je devais baisser les yeux parce que je suis une femme. J’ai passé ma journée à faire le tour des hôtels à Mâcon, et lui devait décider lequel lui plaisait…

  

Comment Esprit Musique aide la Cave à Musique dans son développement ?

Ce que je vois en tant que programmatrice, c’est le boulot effectué pour les groupes en développement : la captation du concert en live, le fait que ces artistes puissent également être salariés le soir du concert. C’est rare qu’on puisse payer chaque musicien émergent, donc c’est une assise financière pour l’artiste et un outil qui peut leur servir pour démarcher des professionnels derrière. C’est complémentaire, utile.

  

Vu toutes les structures complémentaires au sein de la Cave à Musique, est-ce qu’il y a encore des projets que vous souhaiteriez développer dans le futur ?

Cela fait plusieurs années qu’on bataille pour que soit mise à disposition la 2e cave qui pourrait à la fois agrandir la salle de spectacle, la réaménager. On aimerait avoir un plus petit lieu fixe pour les résidences, le café-théâtre, le jeune public... etc. On a aussi toujours l’idée d’avoir une radio associative qui serait hébergée ici, parce qu’il n’y en a qu’une seule à Mâcon et la tranche qui l’écoute a plus de cinquante ans. On aimerait bien animer des émissions, parler des groupes, défendre la programmation et pourquoi pas parler des sorties actuelles.

  

Un coup de cœur dans la programmation future de la Cave ?

Je suis contente d’accueillir les Feu ! Chatterton, qui est un projet qui me touche personnellement.

 

  

Tu aurais un message pour les gens qui ne connaissent pas le lieu et n’osent pas y venir ?

Je voudrais leur dire qu’on n’est pas des drogués ni des alcooliques et qu’on sait très bien recevoir les gens. Je dis ça un peu ironiquement, mais je pense que la Cave a du mal à se défaire de l’image originelle du lieu pour les jeunes et donc des jeunes qui boivent. Des Mâconnais n’osent pas venir parce qu’ils pensent que c’est comme ça, alors qu’il y a des gens de 60 ans qui assistent aux spectacles de café-théâtre et en sont ravis.

 

PLAYLIST : ESPRIT MUSIQUE X LA CAVE A MUSIQUE 

 

 

Propos recueillis par Eric Rakotonirina. 

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