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Birdy Hunt, en plein envol

Petit à petit, Birdy Hunt a fait son nid. Deux ans se sont écoulés depuis leur tournée avec Esprit Musique, deux ans remplis de changements au sein du groupe : la naissance de leur premier album et une tournée en Asie. Nous les attrapons à la fin de leur concert avec Talisco, encore sous adrénaline.

  

Esprit Musique : Une réaction en sortie de scène, c’était comment ?

Romain : C’était fatigant.

Marius : C’était cool, ça fait longtemps qu’on traîne à l’EMB Sannois, donc c’est cool de revenir y jouer !

Marc : On va dire que les Birdy Hunt ont très bien joué, le public était là et il était super.

  

Je voudrais qu’on revienne sur votre parcours depuis la tournée Esprit Musique en 2012 où vous étiez Jeunes Talents, que s’est-il passé depuis ?

Marius : On a changé un peu le line up, ce grand monsieur blond est arrivé dans le groupe.

Romain : Il parle de moi.

  

Romain, ton groupe précédent s’appelait Velocity Bird [NDLR : le groupe a d'ailleurs été Lauréat Régional du Concours Jeunes Talents Caisse d'Epargne la même année], tu as l’air de collectionner les noms d’oiseaux.

Romain : C’est une pure coïncidence. J’ai rencontré Birdy Hunt sur la tournée Esprit Musique, ils sont passés à Lille, je suis allé les voir, on a fait la fête après. A l’époque on n’était pas ultra-potes, mais on avait passé une bonne soirée. Puis j’ai rencontré Kévin (chargé du management du groupe ndlr) qui m’a dit qu’ils cherchaient un bassiste. Mon groupe venait de se séparer, j’en ai profité pour contacter Birdy Hunt pour audition et ça l’a fait.

 

 

Marc : En fait, avant on était six. En 2012 on a eu une phase haute quand on a eu la tournée Esprit Musique, après on a perdu des membres du groupe mais on a su rebondir. Et là on sort un album.

Marius : On a toujours fonctionné à six, il n’y a pas vraiment de leader dans le groupe. Deux sont partis faire autre chose, on s’est demandé ce qu’on allait faire. Comme dit Marc, on a su rebondir, Romain est arrivé et c’était une super nouvelle. Je pense qu’on a évolué en mieux, on est un peu plus professionnels.

  

En parlant d’album, ce n’est pas exactement votre premier. Vous en aviez fait un autre en 2008 qui n’est finalement jamais sorti, pourquoi ?

Marius : Parce qu’on voulait le beurre et l’argent du beurre. On a enregistré cet album qui sortira peut être un jour…

Marc : On ne le joue même pas en live, ce n’est même plus le même style.

Marius : C’est du garage un peu psychédélique.

Romain : Ca sonne un peu comme The Moskovits.

Marc : Une ou deux divisions au-dessus quand même.

Romain : C’est la même idée, du surf garage qui date d’il y a sept ans.

Marius : En fait, cet album était vraiment cool, mais on ne savait pas comment cela fonctionnait pour le sortir, on avait peut-être regardé trop de films à la télé. On pensait que tout devait être partagé à 50/50, on ne comprenait pas pourquoi le producteur avait payé le studio et qu’on devait toucher moins. Du coup on s’est embrouillé avec lui parce qu’on ne voulait pas signer les contrats et cet album n’est pas sorti.

  

Finalement, c’est un mal pour un bien parce que vous avez évolué musicalement, pour sortir Shoplift, votre vrai premier album.

Marius : On ne regrette rien de tout ce qu’on a fait. Si on avait sorti cet album à l’époque, on n’aurait peut-être pas sorti celui d’aujourd’hui.

Marc : Voilà, on est super contents d’avoir sorti cet album, il nous a permis de faire une tournée en Asie.

  

Justement j’aimerais qu’on parle de cette tournée, comment s’est-elle passée ?

Marius : Nos meilleurs souvenirs étaient live à Hong Kong, c’était un concert magique. La veille on était à Beijing, il faisait -2°C, c’était un pic de pollution dégueulasse. Tu voyais à 4 mètres, assez pour voir ton pote marcher à côté de toi dans la rue. On a joué dans un petit club, c’était bonne ambiance. Le lendemain, on débarquait à Hong Kong en avion, il faisait 32°C, on avait nos doudounes et on ne savait pas où se mettre. On a joué dans un gros festival et on l’a un peu retourné, Manu a grimpé tout en haut… On pense que c’est le meilleur concert des Birdy Hunt depuis sa création.

 

On est bien arrivé A Hong Kong au Clockenflap festival, il fait 30 degrés!! ON STAGE AT 8.15 PM !! XXBH

Une photo publiée par Birdy Hunt (@birdyhunt) le

  

Parce que le public connaissait vos chansons ?

Marc : On ne pense pas, mais on a eu un retour de malade avec le public. Il n’y avait personne pour le groupe qui jouait avant nous, genre 80 personnes dans une fosse qui pouvait en contenir 3000. On s’est pointés là trop contents parce qu’il faisait beau et qu’on jouait à Hong-Kong. On a commencé le concert et tout le monde est arrivé, c’était magique. Je ne crois pas que les gens connaissaient nos morceaux mais ils ont compris l’énergie tout de suite, ils attendaient peut-être un groupe un peu énervé. En fait, les groupes sont très fashion à Hong-Kong, peut-être trop. Tu sentais qu’ils se prenaient la tête, les mecs chantaient par-dessus des séquences pré enregistrées, habillés en noir… Ou inversement et ça sonnait comme un karaoké vraiment beauf. On est arrivés comme un groupe de rock, on a envoyé énormément d’énergie et ça a marché. Le Japon était mortel aussi… En fait, tout était cool dans des styles différents, c’est juste que Hong-Kong était spécial parce qu’il y avait ce côté où on arrivait et qu’on n’attendait rien. Au Japon, des filles ont voulu prendre des photos avec nous, à Paris elles auraient été vachement pédantes, c’était dingue.

 

TONIGHT LIVE IN BEIJING // DONGDONG FESTIVAL // ON STAGE 10.PM ! TOMORROW HONG KONG AT CLOKENFLAP FESTIVAL !!! XXBH

Une photo publiée par Birdy Hunt (@birdyhunt) le

 

 

Et la vie du groupe pendant la tournée, c’était le cliché du groupe de rock dans le tour-bus ?

Romain : C’était dégueulasse (rires).

Marius : Je crois qu’on rentre carrément dans le cliché rock’n’roll. C’est ça qui fait notre force aussi, c’est la teuf tout le temps, les gens de maison de disques qu’on rencontre deviennent nos copains, alors que beaucoup de groupes pourraient garder une distance avec ces gens-là, nous on est épaule contre épaule au bar.

Marc : Pour la tournée, il n’y a eu aucune économie. Comme on était chaque jour dans une ville différente, on dormait trois heures par nuit et chaque soir on donnait tout, c’était physique. Souvent les groupes se disent « oui, on est en tournée, il faut qu’on rentre tôt pour dormir ». En vrai, ça demande énormément d’énergie, tu dors mal, tu dois faire les check-in avec tous les bagages, c’est que du stress qu’on n’imagine pas quand on ne le vit pas. Parfois tu as juste envie de dire « Allez tous vous faire voir, je vais me caler tranquille dans ma baignoire », mais tu ne passes pas ta soirée dans la chambre d’hôtel alors que tu es à Hong Kong, Tokyo ou Osaka.

 

#TOKYO !!!

Une photo publiée par Birdy Hunt (@birdyhunt) le

 

 

Romain : Je me souviens qu’à Osaka, il y avait plein d’immeubles avec à chaque étage un restaurant, une boîte ou une salle de concert. On cherchait un endroit pour faire la fête, on a fait une quinzaine d’étages dans une dizaine d’immeubles différents, toujours à tomber sur des soirées privées de Yakuzas. On envoyait notre ingé-son, mais on se faisait recaler partout sauf à un endroit où il y avait six filles et un mec en train de faire un karaoké en coréen, on a été accueillis à bras ouverts.

Marc : En France quand tu veux aller dans un bar, tu n’as qu’à y rentrer. A Osaka, ce sont des gens un peu louches qui tiennent des halls d’immeubles, tu as l’impression que c’est un peu la mafia avec des mecs qui ressemblent à des coiffeurs. En fait, ils font la fête d’une manière totalement différente à la nôtre et on l’a compris grâce à ces Coréens. Ils nous ont emmenés dans une autre boîte, qui servait de l’alcool à volonté... Mais sans alcool.

Quand on est arrivés à Shibuya, j’ai briefé les mecs : « Les gars, on est au Japon, il ne faut pas fumer dans la rue, il faut être gentils ». On a débarqué là à deux heures du matin, les gens dans la rue n’en avaient rien à faire, jetaient tout par terre, étaient ivres, s’en foutaient de fumer. Et le lendemain matin, plus rien, tout était nickel et quand tu sortais une clope, tu passais pour une grosse racaille. La schizophrénie de l’endroit était vraiment très drôle.

 

Parlons un peu de vos clips : vous aimez bien vous mettre en scène, il y a de la performance comme le groupe OK GO. C’est voulu ?

Marius : Ce sont des gens qui arrivent avec des idées et qui ont bien pigé l’esprit du groupe aussi. Le clip de Maria a été réalisé par Laura Sicouri, une pote à nous très talentueuse. On aime bien rigoler, du coup, se mettre en scène nous fait plaisir.

 

Birdy Hunt / MARIA from Laura Sicouri on Vimeo.

 

Marc : Le premier clip qu’on avait réalisé, Your Friend, sur la falaise, a bien marché alors qu’on l’a filmé un peu à l’arrache, avec un plan séquence où on faisait du play back. Quand tu n’as pas de moyens, tu es obligé de te mettre en scène en fait. On a toujours travaillé avec des structures indépendantes et faute de moyens, tu es obligé de donner de ta personne.

 

Ce qui tombe plutôt bien pour vous parce que vous avez de l’auto-dérision, non ?

Marc : Je crois que c’est un truc qui arrive à partir du moment où tu joues dans un groupe de rock. Pour moi tous les groupes de ce genre l’ont, c’est un peu compliqué de se prendre au sérieux dans tes propres clips, on n’est pas des écrivains ou des mecs qui font du théâtre. Certains groupes aiment jouer les poseurs, posent sur des photos promo sur une falaise en regardant tous dans une direction différente.

Romain : Kyo ! Mais la musique passe beaucoup par les images aussi maintenant, les gens préfèrent te voir dans un clip, sur des photos, plutôt que des gens qu’ils ne connaissent pas.

Marc : Voilà, dans les clips que je regardais quand j’étais plus jeune, ils se mettaient tous en scène en rigolant, que ce soit Weezer, Dinosaur Jr, Nirvana, même les Foo Fighters avec Footos, la dérision des années 90. Ca crée plus de proximité avec le groupe, plutôt que de taper des poses. Parce que quand tu fais de la musique, au final, c'est pour être un peu sérieux. Au début tu ne fais pas vraiment ça pour rigoler, tu le fais parce que tu es un pauvre type.

 

 

Parlons un peu de Shoplift. Comment s’est passé la composition ?

Marc : On a fait plusieurs sessions de recherches de sons de groupes qui nous plaisaient, voir s’ils fonctionnaient ensemble sans réfléchir à une chanson. On avait quatre ou cinq bases de morceaux avec une idée de ce qu’on voulait comme thèmes. On a fait des jams pendant plusieurs heures qu’on a enregistrés, qu’on a retravaillés, j’écris des paroles par-dessus et voilà.

  

Quels sont les thèmes évoqués dans Shoplift ? Je n’ai pas l’impression que Birdy Hunt joue de la musique torturée.

Marc : Ce qui est important pour moi, c’est d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Se retrouver dans les paroles d’une chanson quelle que soit ta situation. C’est l’essence de la pop, comprendre de manière différente selon ton humeur. Quand on a fait certains enregistrements avec Birdy Hunt, j’étais en train de chialer, parce que ce n’était pas du matériel évident. C’est ce qui donne une certaine profondeur dans ta musique et ce qui fait que tu peux faire autre chose plutôt qu’être juste un petit groupe. Les paroles de certaines de nos chansons sont assez énervées, ne serait-ce que Snoopy, la première de l’album qui est vachement dark, comme Stay ou First. La musique est toujours relax. Mettre différents niveaux de lecture, c’est parce que c’est difficile d’en parler, pour ne pas dire les choses de manière directe. Par exemple, avec Over you, je voulais faire une chanson sur le fait d’avoir une relation avec quelqu’un qui passe par les écrans d’ordinateurs, de se sentir à l’autre bout du monde avec quelqu’un, même si elle est au bout de la rue. Ce qui est cool, c’est de faire en sorte que des mecs comprennent le niveau de lecture le plus profond.

C’est peut-être pour ça que cette tournée en Asie a bien plu, parce que les gens sont dans une vie un peu schizophrène, où ils ont beaucoup de problèmes à exprimer leurs sentiments.

 

  

Maintenant que l’album est sorti, quelle est la suite ? Est-ce qu’il y aura des remixes ou des collaborations avec d’autres groupes ?

Romain : Marius a fait un remix pour Einleit qui va bientôt sortir, on va mettre une vidéo dessus. Einleit va aussi nous remixer. Les collaborations avec d’autres artistes sont un peu plus compliquées parce qu’on compose et qu'on répète déjà à cinq, ce n’est pas la meilleure configuration pour intégrer d’autres gens. Après si on nous demande une collaboration avec Daft Punk… Pour la suite, la première partie de la tournée vient de s’arrêter ce soir, on va vite se remettre à la composition et commencer à travailler l’album suivant.

   

Comment vous voyez la France maintenant que vous avez pas mal tourné à l’étranger ? Comme une étape ?

Marc : Ça reste le pays où le plus de personnes nous connaissent. C’est vrai que plus tu voyages, plus tu mets la France en perspective, où les gens ont des façons de réagir très spécifiques. J’adorerais qu’on soit un groupe connu en France, mais ce n’est pas évident. C’est un peu le vieux monde vu de l’extérieur, tu as de la bouffe de malade, les filles sont super jolies, les endroits sont super beaux mais tu sens que c’est un peu mort. Il y a cette espèce d’inertie qui est vraiment très puissante, où les gens jugent vachement. On ne va pas commencer à cracher sur la France, ça nous sert aussi beaucoup d’être français à l’étranger, on essaye d’être un peu plus esthétiques et les étrangers y sont plus sensibles. On aimerait faire de plus grosses salles en France, mais les Birdy Hunt ont toujours été un peu comme ça, des challengers qui jouent dans la « cour des grands » avec des rôles de derniers. En tout cas, aujourd’hui on est contents de ce qu’on fait.

  

Signer des autographes sur des albums, prendre des selfies avec des fans, c’est pas mal quand même pour des derniers, non ?

Marc : C’est cool, mais c’est quelque chose qui ne change pas notre vie quotidienne. C’est sympa pour l’ego mais on ne fait pas ça pour ça au fond, même si c’est drôle. Ce qui est vraiment bien c’est d’aller visiter d’autres pays, rencontrer d’autres personnes, c’est mortel. C’est le fait de passer des moments stylés avec tes potes. La tournée en Asie, tu ne pourrais pas la faire entre amis même si tu mets de l’argent sur la table. Ce sont des moments magiques.

 

 Propos recueillis pas Eric Rakotonirina pour Esprit Musique.

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