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Une très belle soirée de musique de chambre ce mercredi à l’Opéra Comique

Une très belle soirée de musique de chambre ce mercredi à l’Opéra Comique

Ce mercredi 6 mai, le quatuor Les Dissonances nous a fait le plaisir de retracer l’histoire de la musique viennoise. Ce quatuor, composé de David Grimal (violon), Hans Peter Hofman (violon), David Gaillard (alto) et Xavier Phillips (violoncelle), a offert aux spectateurs ainsi qu’aux auditeurs de Radio Classique une magnifique soirée rythmée par les œuvres de trois compositeurs autrichiens capitaux.

 

Le quatuor a proposé une interprétation riche et solide du Langsamer Satz d’Anton Webern, compositeur phare de la seconde école de Vienne. Les élans mélodiques nous rappelant la fin de la période romantique étant particulièrement bien mis en valeur par cette formation sensible et touchante. Nous percevons malgré tout, au delà de cet hommage au langage musical précédent, une grande modernité magistralement révélée par le quatuor.

 

Puis, Les Dissonances ont livré une interprétation profonde du Quatuor Op 10 N°6 de Wolfgang Amadeus Mozart intitulé lui-même Les Dissonances, extrait des Quatuors dédiés à Haydn opus 10, publié en 1785 et habité par le souffle généreux mais tourmenté du compositeur . Les quatre instrumentistes ont proposé une très belle version des différents mouvements le composant.

 

La surprenante introduction fut profonde, captivante. Puis s’ensuivit le premier mouvement lent avec son thème gracieux, mozartien dans l’essence brillamment exécuté par les musiciens. Ensuite vint le menuetto élégant, distingué, précieux touchant mais robuste, qui met en valeur la qualité des musiciens par les nombreux échanges serrés entre les instruments. Le trio permit d’introduire cette part de tension présente lors de l’introduction ayant donné le nom au quatuor, avec le canon entre le violon et le violoncelle. Enfin le rondo clôtura cette œuvre dans son atmosphère vivante et joyeuse, ce bouillonnement où les traits de doubles-croches jaillissent de toutes parts.

 

Ensuite vinrent les Six Bagatelles opus 9 composées en 1913 marquant une grande rupture avec la tradition. Les musiciens du quatuor Les Dissonances ont parfaitement su adapter leur jeu à la sonorité très moderne indispensable à l’exécution de cette œuvre, les auditeurs ont pu apprécier toutes les qualités des musiciens dans leurs divers modes de jeu et la grande part de technique indispensable à l’interprétation de ces six bagatelles riches en difficultés mais brèves.

 

La soirée s’est achevée par l’œuvre sombre et tragique de Franz Schubert composée en 1824, le célèbre Quatuor n°14 intitulé La jeune fille et la mort. Ce quatuor, berceuse à la mort accueillante, évoquant le fol espoir de vivre et de se révolter contre l’inéluctable est devenu un véritable monument de la musique de chambre pour le plus grand plaisir des musiciens mais également des auditeurs car nous avons pu apprécier ce mercredi l’une des plus belles pages de l’histoire de la musique construite autour de l’idée romantique de la mort, de l’espoir très bien interprété par les quatre musiciens.

 

Dès le premier mouvement , l’allegro dévoile un thème provocant, insistant, qui envahit les auditeurs comme un signal fatidique, une présence maléfique non dévoilée. Puis l’andante, l’air funèbre, dialogue entre les violons illustrant la voix de la jeune fille et les cordes graves, celle de la mort qui devient de mesure en mesure consolateur puis presque amoureux. Le scherzo est très bref, brusque, alternant le mode majjeur et mineur dans une rythmique piétinante composée de syncopes.

 

Enfin le presto final suit sans interruption et court de manière précipitée vers la fin, le thème principal est martelé sans cesse rythmé par une ligne obsessionnelle et rapide. La code continue très vite, une danse inquiétante puis deux violents accords terminent brusquement le quatuor.

 

Un chef d’œuvre romantique dans lequel les musiciens ont pu exprimer toutes leurs qualités d’interprètes dans chaque mesure livrant une œuvre haletante, véhémente, parcourue par une tension continue comme une course à l’abîme. Les musiciens ont offert aux auditeurs violences et ténèbres mais également haltes de consolation et amour, résumant l’essence même de cette musique : un paysage de l’âme.

 

Pour le plus grand plaisir de nos oreilles, Les Dissonances acclamés nous ont proposé le scherzo du Quatuor n.15 de Schubert en bis, belle manière de clore cette très jolie soirée musicale.

 

Retrouvez le prochain concert diffusé en direct sur Radio Classique en partenariat avec la Caisse d’Epargne le mercredi 29 mai à 20h pour une soirée d’exception.

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