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LUH & Dissident à la Maroquinerie

LUH & Dissident à la Maroquinerie

Il est des concerts qu’on attend plus que d’autres, dans lesquels on place le plus d’espoir. Le Concert de Luh à la Maroquinerie ce jeudi 02 juin était de ceux-là.

LUH ? C’est un acronyme qui signifie, au choix, Lost Under Heaven ou Love Unites Humanity suivant votre degré de foi en l’amour et l’humanité. C’est également le nouveau projet de James Ellery Roberts, ancien leader du groupe Wu Lyf –autre acronyme-oxymore : World Unite Lucifer Youth Foundation / World Unite Loves You Forever. Le projet est né de sa rencontre avec Ebony Hoorn, jeune artiste plasticienne danoise, avec qui le chanteur à la voix éraillée a noué une idylle qui semble prolifique.

Une bonne nouvelle pour tous les nostalgique du quatuor mancunien propulsé au sommet en très peu de temps avant de se consumer subitement et de s’éteindre. Parés d’une aura quasi mystique, fascinante autant que mystérieuse, ils se sont retrouvés très jeunes, à peine 20ans, programmés au très prisé festival Coachella en Californie, où leur pop sombre, lourde et exaltée a laissé une empreinte durable. Leur rupture, à l’initiative du leader, fut un choc pour beaucoup de leurs adeptes.

Si on a pu se consoler jusqu’ici avec les nombreux projets qui ont émané de la constellation Wu Lyf : Los Porcos, Francis Lung, Ménage à Trois, Ellery, qui chantait chaque concert comme si c’était le dernier, se martelant la poitrine du poing le corps électrisé de convulsions, était resté dans l’ombre à l’exception d’une apparition très éphémère sous le pseudonyme Kerou’s Lament.

Les premiers morceaux de LUH sont sortis début 2016. Distribués confidentiellement sur internet, ils laissaient présager un tournant plus lumineux, moins tortueux, et on était ravi de retrouver, sous une nouvelle forme, la rhétorique messianique et la voix grattée jusqu’à l’os de celui qui avait largement contribué à faire naître l’imaginaire de Wu Lyf. Sur scène, le résultat fut quelque peu déroutant.

 

 

En ouverture du concert, c’est le groupe Dissident qui assure la mise en jambe du public. Le quatuor originaire de Touraine est une agréable découverte. Leur pop pailletée aux accents volontiers rock libère sur scène une énergie brute.

 

LUH & Dissident à la Maroquinerie

 

Les musiciens soutiennent les lignes de chant énervées portées par des basses tantôt électriques, tantôt électroniques, des guitares qui groovent et une batterie énergique. Le groupe est généreux, il s’attache à créer un lien avec le public, allant jusqu’à distribuer des gorgées de sa « potion magique» -qui s’avère être un punch maison- servi dans une gourde aux couleurs du groupe. Le souci du détail.

Au total, Dissident relève le défi de transformer la Maroquinerie en une discothèque éphémère et d’assurer une première partie très convaincante devant un public clairement venue pour écouter la suite.

 

 

Au tour ensuite de LUH de monter sur scène. Lors de leur dernier passage à Paris à la Boule Noire, ils étaient seuls accompagnés de pistes audio préenregistrées. On les retrouve cette fois-ci accompagnés de 2 musiciens : un batteur et un claveriste-guitariste. Sur scène des étendards blancs sont installés, reprenant des paroles de leurs chansons ; ils attestent la volonté du groupe d’habiter l’espace scénique pour dépasser la simple mise en lumière. C’est la touche plastique d’Ebony.

 

LUH & Dissident à la Maroquinerie

 

La musique est portée par des voix éraillées.  Chaque partie de chant est construite comme un hymne, chanté les yeux révulsés, la gorge en tension, avec la vocation de rassembler toujours. Il subsiste un peu du Lucifer de WU LYF dans les paroles d’amour de LUH

Malgré un premier titre très réussi : le morceau « I&I », ode à l’amour et à l’espoir, le duo apparaît rapidement mal à l’aise. Les conditions sonores ne semblent pas optimales. La communication avec le public n’est pas évidente.

On est surtout surpris par certains morceaux qui oscillent plus vers une sorte de punk technoïde porté par des vagues sonores assourdissantes et des rythmes proches de la techno hardcore, bien éloignés des morceaux postés sur internet. L’énergie libérée ne donne pas toujours l’impression d’être maîtrisée.

 

LUH & Dissident à la Maroquinerie

 

Les 2 voix peinent à trouver leurs harmonies. Malgré les frissons que provoque toujours la voix d’Ellery, celle d’Ebony semble chercher sa place.

Il y a bien évidemment quelque chose de prometteur dans LUH, mais les attentes sont fortes et le projet a peut-être besoin de murir encore un peu au risque de tomber dans une posture et un discours qui éclipseraient l’essentiel : la musique.

LUH est différent de feu WU LYF, mais à la fin du concert, les guitares impérieuses, l’orgue, la basse et les rythmes qui habillaient avec tant d’élégance et de force la voix d’Ellery James, nous laissent un petit pincement au cœur, la nostalgie d’une ferveur révolue. 

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